RIGUEURS DE LA TEMPÊTE
heures, on respira du feu. Des éclairs globulaires, dont la fulguration durait plusieurs secondes, se suivaient sans interruption : telle était l’ardeur de leur foyer, qu’à tout moment, malgré son accablement, lÀmiral se soulevait sur son lit pour voir si ses mâts et ses voiles n’avaient pas été emportés.
Et cependant là n’était pas tout le danger.
La foudre, amassée dans les hautes couches de l’atmosphère, se déchargeait à tout instant ^ le feu du ciel tombait autour des caravelles , qui , séparées et cachées dans les mobiles gouffres de la mer, avaient cessé de s’apercevoir. Aux détonations rapprochées de la foudre, chaque navire croyait réciproquement que 1 autre tirait toute son artillerie pour demander du secours au moment où il s’engloutissait1. Cette incandescence ne diminua point durant la nuit. La phosphorescence des vagues et les étincelles qui jaillissaient à chaque brisement de la mer entretenaient une lueur blafarde, pâlissant a toute minute par la rapide illumination des éclairs.
Au milieu de tous ces désordres de la nature, la pluie tombait en larges gouttes et par averses impétueuses. La pluie finit par l’emporter : elle éteignit les foudres, mais précipita en torrents ses masses condensées. Elle tomba sans interruption « et si épaisse qu’il semblait qu’on la versât d’en haut à pleines cruchées2. » Elle continua ainsi l’espace de huit jours. Pendant ce temps, F eau du ciel ne cessa pas de tomber : « on ne peut appeler cela pleuvoir,
p0r gran fuego. El cielo jamas fue visto tan espantoso. Un dia con la noche ardiô como forno. » - Cuarto y ultime viagc de Colon .
1 P. Charlevoix , Histoire de Saint-Domingue , liv. IV, p. 241,
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2 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv, V, chap. jx.