‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 184 sur 444 · PÈRE ALEXANDRE · texte numérisé non relu

PÈRE ALEXANDRE

c’était comme un autre déluge. Les équipages se trouvaient tellement harasses qu’ils souhaitaient la mort, pour être délivrés de tant de maux L » Il paraît qu’alors exténué par les souffrances que lui occasionnaient ces tourmentes continuelles, le Père Alexandre succomba aux suites de l’épuisement. Ainsi le premier aumônier qui ait péri sur TOcéan dans les fatigues de l’apostolat, fut un Franciscain. Les glorieuses prémices d’une telle mort semblaient légitimement dues à l’ordre Séraphique.

Durant ces fureurs pélasgiques, une des caravelles fut emportée au loin. Elle avait réussi à jeter une ancre et à se maintenir 5 mais un coup de vent enleva le grand canot des officiers; et, pour ne pas périr, l’équipage dut à la hâte couper le câble2. Pendant trois jours, elle sévit le jouet des vagues. Au milieu de ces convulsions de la nature, les marins souffraient du mal de mer; l’insomnie, la fatigue, la crainte avaient fini par les jeter dans un morne abattement ; « les navires avaient déjà perdu deux fois des chaloupes, des ancres, des amarres; ils étaient entrouverts et n avaient plus de voiles 3. » Le naufrage devenait l’inévitable conséquence de ce délabrement. Une seule chose a le droit de surprendre : « c’est que ces bâtiments, sur lesquels on ne se croyait pas en sûreté dans une mer

tranquille, résistassent si longtemps à une si étrange agitation.4. »

Cependant, malgré les sévices de l’air et les grandes co-

1 Christophe Colomb. — « La gente estaba ya tan molida que deseaban

la muerte para salir de tantos martirios. » — Cuarto y ûltimo viage de Colon .

2 Fernando Colombo, Vita delU Ammiraglio, cap. xciv.

3 « Los navios ya habian perdido dos veces las barcas, anclas, cuer-

âas , y estaban abiertos, sin vêlas. » — Cuarto y ûltimo viage de Colon .

4 P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue, liv. IV, p. 241, in-4.

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