LE CALME REVIENT
de délibérer? Comment et de qui prendre conseil? D’ailleurs, dans aucune des quatre caravelles, les marins n’étaient possesseurs ni de l’Ancien ni du Nouveau Testament. L’usage des Bibles ne s’est introduit chez le peuple qu’avec le protestantisme ; et jusqu’ici l’Espagne ne l’a pas adopté. Washington Irving, pleinement ignorant du dogme catholique, oublie qu’en Castille personne n’avait une foi superstitieuse au pouvoir du texte sacré , à son efficacité thaumaturge. Il ne sent pas qu’aucun pilote par lui-même n’aurait eu cette subite clairvoyance, conçu un expédient si singulièrementétranger à la nautique, et en même temps si hardi au point de vue des attributions spirituelles. Tout au plus aurait-on essayé quelques prières de la liturgie destinées à détourner les orages. Pour recourir aux paroles du Disciple bien-aimé, choisir cette sublime déclaration du certificateur du Verbe, il fallait être soi-même avancé dans les splendeurs de la connaissance divine, se trouver presque à la hauteur de cette intuition surhumaine, mériter la protection céleste, être agréable aux yeux du Seigneur, en un mot s’appeler Christophe Colomb. Toute âme catholique pensera comme nous, et nul esprit judicieux ne croira au pluriel, vraiment inadmissible de Washington Irving. Habituellement le miracle ne se fait pas en commandite.
Dès que la trombe eut disparu, la mer rabattit sa fureur-, l’emportement des vagues se modéra-, peu à peu, l’Océan sembla se remettre de sa colère : les vents étaient épuisés-, il se fit une sorte d’apaisement.
Les matelots, la plupart malades, restaient accablés; ils n’étaient plus capables d’aucune manœuvre. En considérant ces travaux, ces secousses, ces fatigues, auxquels