PÊCHE AUX REQUINS
aucune constitution ne pourrait résister, Herrera regarde ce calme comme un acte de la miséricorde divine. Il dit positivement que Dieu le leur accorda afin de les conserver à la vie Cette bonace leur donna un repos salutaire. Mais, pour réparer leurs forces, ils n’avaient que des vivres corrompus et insuffisants.
Nonobstant le calme de 1 air, la seremte ne reparaissait point dans le ciel. L’borizon restait morne. Un jour glauque glissait sur la plaine verdâtre des Ilots, que çà et la perçait le noir aileron d’un requin. Bientôt, comme s’ils fussent conviés à une proie certaine, ces tigres de l’Océan, ordinairement isolés, apparurent si nombreux autour des caravelles, que leur attroupement sembla aux matelots un funeste présage. Mais l’Amiral releva le courage de ses ofliciers. Comme on manquait de vivres frais, ils firent amorcer les crocs avec des morceaux de viande corrompue ou même des lambeaux de drap rouge, et plus d’un de ces importuns rôdeurs y fut pris. Le jeune Fernando Colomb, pour lequel cette pêche était toute nouvelle, conserva le souvenir de ses divers incidents. Ainsi il vit tirer du ventre d’un requin des tortues larges de quatre pieds, qui, loin d’être mortes, vécurent encore longtemps à bord de la Capitane. On trouva dans un autre requin la tête d’un de ses compères qu’on avait jetée à la mer, et qu’il avait avalée sans scrupule. Quelque répugnante que fût la chair de ces odieux cétacés , la faim y faisait trouver une grande ressource2; car, après huit
1 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans îans les Indes occidentales. Décade ire, liv. V, chap. ix.
2 « Ora quantunque alcuni gli liavessero per mal’ augurio, ed al tri )er cattivo pesce, tutti non dimeno lor facemmo honore, per la penuria die di vettovaglie havevamo. » — Fernando Colombo, Vita delV Ammraglio , cap. xciv,