LA COTE DES CONTRARIÉTÉS
ancrage. Les charpentiers et les cal fats se mirent aussitôt à l’œuvre, et parvinrent à réparer le Galicien et à boucher quelques voies d’eau des autres caravelles. On se
procura certaine quantité de maïs; on renouvela l’eau des barriques.
La nouvelle annee trouva dans ce lieu les quatre caravelles.
Le 3 janvier 1 o03, maigre la pluie et un vent contraire, l’escadrille tenta de reprendre sa route. Luttant de toute sa volonté, elle réussit a penetrer le G janvier, jour des Rois, dans une rivière que l’Amiral, en l’honneur de l’Épiphanie, appela Bethléem , ou, par abréviation, Belen. Les indigènes la nommaient Yehra. Elle n’était éloignée que d une lieue de celle de la Veragua , Jiays des mines d 01 . Du Beau-Port a Veragua, la distance est d’environ ti ente lieues. Pour la franchir, on venait de consumer près d un mois d ellorts et de souffrances. En mémoire de ces traverses inouïes, l’Amiral nomma cette portion du littoral Côte des Contrariétés 1 .
Il envoya sonder la rivière de Veragua, seulement éloignée d’une lieue. Mais on n’y trouva pas assez d’eau, taillis que le fleuve de Belen avait quatre brasses de fond à 'entrée. On y resta donc mouillé. Bien prit à l’Amiral de l’en pas sortir, car un jour plus tard il n’aurait pas pu f entrer. Il l’atteste lui-même : « Le jour de l’Épiphanie,
1 « La cause de toutes ces contrariétés est si épouvantable qu’il semble que jamais homme naviguant, n’en a vu de semblables en si peu de chemin qu’il y a de Porto Bello à Veragua. L’Amiral appela cette côte la Costa de los contrastes. 11 eût pendant tout ce mauvais temps la goutte avec de grandes douleurs, et tous ceux qui étaient dans les vaisseaux étaient malades, fatigués et dans des débilités étranges. » - Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans lans les Indes occidentales. Décade ire, liv. V, cliap. i\.
234 LE QUIBIAN.
j’arrivai à Yéragua n’en pouvant plus. Là Notre Seigneur me fit trouver un fleuve et un bon port *, j’y pénétrai avec peine, et le jour suivant la tempête recommença. Si je m’étais trouvé dehors, je n’aurais pu entrer à cause du banc1. » Sur les bords de Belen était une bourgade indienne, qui se mit en armes à l’aspect des étrangers. On l’apaisa, et l’on obtint, quoique avec certaine difficulté, quelques renseignements sur la situation des mines d’or. • Dès le lendemain, une embarcation armée entra dans la rivière de Yéragua. Les habitants firent mine de s’opposer au débarquement. Mais l’ancien écuyer de Colomb, Diego Mendez, qui savait quelque peu d’indien, leur fit comprendre qu’ils venaient uniquement dans le but de faire des échanges. Ils se calmèrent alors, et troquèrent vingt miroirs d’or contre des babioles d’Europe.
Le 12 janvier, l’Adelantado avec les canots remonta la rivière de Yéragua jusqu’à la résidence du chef de la contrée, ayant le titre de Quibian. Son habitation était située sur une petite éminence. Averti de sa visite, il vint à sa rencontre. L’entrevue fut amicale. Le Quibian donna les joyaux d’or qu’il avait sur lui, et reçut des présents auxquels il attachait un grand prix. Ils se quittèrent mutuellement satisfaits. Le lendemain, la curiosité amena le Quibian au mouillage de Belen. L’Amiral lui lit le plus grand accueil, lui montra les caravelles. Le Quibian s’entretenait avec lui par signes. Ses gens troquèrent des miroirs d’or contre des grelots. Tout à coup, quelque soupçon lui traversant l’esprit, il partit assez brusquement. Apres tous les dangers qu’avait courus l’Amiral, un autre péril devait l’exposer dans le port.
Le 24 janvier, tandis qu’une tempête rugissante boule-
1 Cuarto ij ültïmo viage de Colon.