IL PART INVOQUANT LA SAINTE TRINITÉ
directement à l'Espagnole trois navires sous les ordres do son beau-frère, Pedro de Arana, de son cousin le Génois, Jean-Antoine Colomb, et d’Alonzo Sanchez deCarvajal. 11 leur donna la route à suivre, leur indiquant le plus court chemin. Ils devaient, à tour de rôle, avoir le com- * mandement de la flottille chacun pendant une semaine.
Alors Colomb, avec les trois autres navires, mit le cap vers la zone torride « au nom de la Très-Sainte-Trinité L »
Une attaque de goutte, qui fut dès le quatrième jour aggravée par la fièvre, vint ajouter à ses fatigues. Mais l’énergie de sa volonté dominant la violence de sa douleur, il ne cessa pas de diriger en personne la navigation2. Quand on eut dépassé l’île stérile de Belle-Vue, refuge des lépreux portugais, le mercredi 4 juillet, l’Amiral porta au sud-est. Depuis le 27 juin on n’avait pu ni observer les étoiles ni prendre la hauteur, tant étaient épaisses les brumes. Il persistait à porter dans cette direction ; quoique la violence des courants se dirigeant au nord et au nord-est retardât péniblement sa marche. Le 7 juillet on était encore en vue de File de Fer. Cependant il voulut tenir ce rumb jusqu’à ce qu’on fût arrivé à la ligne équinoxiale, d’où il aurait mis le cap sur la Terre ferme des Indes, à l’Occident.
Bientôt on rencontra des herbes pareilles à celles dont s’étaient alarmés les équipages lors de la première navigation. Quand on eut fait cent vingt lieues au sud-est, le 13 juillet, sous le parallèle de Sierra— Leone, le vent tomba tout à coup; les vagues s’aplanirent; les voiles pendaient immobiles et flasques le long des mâts. Aucune
1 Herrera, Histoire générale des Indes occidentales . Décade ire
liv. III, chap. ix. ’
1 Fernando Colombo, Vita delV Amïraglio , cap. lxv.
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4 l’amiral éprouve les calmes de la zone torride.
brise ne ridait Tardent miroir des eaux, qu’embrasait un soleil vertical. Les navires semblaient fixes par la quille sur la face d’une mer d’argent. Le calme étouffant de T air, l’immobilité de l’Océan dont l’immensité n’offrait qu’une teinte uniforme et brûlante, la sensation d un calorique énervant et subit avaient abattu 1 esprit des matelots, On se trouvait dans la région encore inconnue des calmes, sur laquelle les conteurs de bord faisaient tant de récits sinistres.
Le premier jour, un soleil que ne tempérait le voile d’aucune vapeur sembla torréfier l’espace. Tout brûlait; le goudron se liquéfiait. Heureusement, le lendemain d’épais nuages couvrirent le ciel; il tomba quelques ondées de pluie en larges gouttes. Cependant la chaleur restait suffoquante. Sous l’influence de cette ardeur jointe à l’humidité, les vivres s’altéraient rapidement ; la corruption se mettait dans les salaisons. Le lard fondait comme devant le feu. Le blé se ridait et semblait se rôtir. Le bois des douves se desséchant, l’assemblage n était plus comprimé par les cercles, et le vin et 1 eau s échappaient des fentes élargies b Malgré le péril, telle était cette asphyxiante chaleur « cju’il n’y avait personne qui osât descendre sous le pont pour reparer les tonneaux et a\ou soin des vivres b )> Cette incandescence dut a huit jouis. L’absence du vent empêchait de s’y soustraire. L’Amiral s’adressa, comme toujours, à Dieu qui lavait secouru
1 Fernando Colomb, Histoire de V Amiral, chap. lxv. — Munoz, Historia del Nuevo Mundo , lib. VI.
2 « Y entre en tanto ardor y tan grande que créé que se me quema- « sen los navios y gente, que todo un golpe vino â tan desordenado, que « no habia persona que osase descender debajo de cubierta à remediar « la vasija y mantenimientos, etc. » — Christophe Colomb, Relation du, troisième voyage adressée aux Rois catholiques.