COURAGE DES ESPAGNOLS
trouvant hors de combat par leurs blessures, la plupart mortelles, le détachement était réduit à treize hommes. L’Adelantado encourageait cette poignée de braves. Un seul combattant, éperdu d’épouvante, quitta son poste et s’enfuit à toutes jambes. Diego Mendez, l’ayant aperçu,
1 appela, lui commanda de revenir, mais en vain. Le fuyard répondit, toujours courant, qu’il voulait sauver sa vie. Hâtons-nous de le dire, ce déserteur en face de l’ennemi n'était pas Espagnol; c’était un Lombard, nommé Bastiano1.
Sur ces entrefaites, la chaloupe de la Capitane arriva devant la scène du combat. Tous les Espagnols imploraient son secours. Mais Diego Tristan, esclave de sa consigne, ne voulut point accoster 5 il craignait que ses compatriotes, se jetant à la fois dans la chaloupe, où les futailles n’étaient pas arrimées, ne la fissent chavirer, accident qui causerait peut-être la perte de l’Amiral. 11 eut le courage de résister aux prières2 de la maistrance, de rester spectateur du combat qui venait de recommencer. Les Indiens avaient de nouveau quitté les bois, et se croyaient sûrs cette fois d’exterminer jusqu’au dernier de ces étrangers. Mais les Castillans, excités par Y Adelantado et Diego Mendez, les chassèrent avec une telle vigueur, qu ils s enfuirent dans leurs retraites et ne revinrent pas à
la charge de la journée. Cet engagement avait duré trois heures.
Après seulement, l’Adelantado s’occupa de sa blessure.
Diego Mendez, qui savait les ruses indiennes, prévint
1 « Al Lombardo chiamato Bastiano, fuggendo furiosamente per ascondersi in una casa, disse Diego Mendez torna, torna, in dietro Bastiano! ove vai? » — Fernando Colombo, Vita délV Ammiraglio, cap. xcvm. *
2 « Essendo egli dimandato ed anco da aleuni ripreso del non dare aiuto a cristiani... » Fernando Colombo, Vita del V Ammiraglio, cap. xcvm,