MASSACRE DE L*ÉQUIPAGE D’UNE CHALOUPE
le capitaine Diego Tristan du danger qu’il courait en remontant le fleuve pendant que les guerriers , encore réunis, cachés dans les herbes de la rive, épiaient sans qu’il s’en doutât tous ses mouvements, et pouvaient tout à coup l’entourer avec leur flottille de canots. Le capitaine de pavillon voulut, quoi qu'il advînt, exécuter les ordres reçus. 11 continua bravement à remonter jusqu’à un endroit où l’eau, devenue douce, offrait une prise commode. Il est vrai que là aussi les deux rives se rapprochaient davantage. Les arbres gigantesques des deux bords étendaient leurs bras les uns vers les autres, comme s’ils cherchaient à unir leurs rameaux. Pendant que l’on se disposait à descendre, le son des conques se fit entendre au fond des bois.
Bientôt on vit de toutes les sinuosités du fleuve se détacher des canots jusque-là cachés sous les branches basses, tous également montés par trois Indiens, un rameur, deux archers pourvus d’arcs et de javelots. La chaloupe en un instant se trouva entourée. Les traits partaient à découvert des canots et pleuvaient du milieu des plantes nerveuses de la rive. Ils furent presque tous atteints à la fois. La chaloupe n’avait que trois hommes armés. Cette subite attaque, ces cris horribles, ce nombre illimité d’ennemis semblèrent les paralyser. Diego Tristan les excitait, montrant un calme prodigieux, quoique blessé lui-même. Il fit une contenance héroïque. Mais un javelot le frappa dans l’œil droit, perça l’orbite oculaire-, il tomba raide mort. Le tonnelier Juan Noya, atteint sur le bord de la chaloupe, se laissa glisser dans le fleuve. Nageant sous l’eau, il parvint à s’échapper et revint au camp espagnol raconter ce désastre. Ce récit y jeta la consternation. Les Castillans se voyant réduits à un si petit nombre et presque tous blessés, entourés de peuplades sauvages implacables, se