‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 203 sur 444 · DÉSESPOIR DES ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

DÉSESPOIR DES ESPAGNOLS

précipitèrent sur la caravelle et voulurent fuir, sans en parler âl’Adelantado, dont ils savaient l’inflexibilité. Mais l’eau n’était pas assez haute ; ils ne purent faire sortir du fleuve le Galicien , et se trouvèrent contraints de retourner à leur poste périlleux.

Dans la soirée, la chaloupe du Galicien rentra avec les hommes qui étaient allés faire leurs adieux aux caravelles. Le lendemain matin, ils essayèrent au moins d’aller avec l'embarcation demander à l’Amiral de les secourir et de les emmener. La violence de la mer les empêcha de franchir l’embouchure. Pour comble d’affliction, le courant du fleuve apporta sous leurs yeux les cadavres de leurs infortunés compatriotes, qu’avaient cruellement mutilés les sauvages. Attirés par la putréfaction si hâtive dans ce climat, déjà des corbeaux voraces, des vautours puants enfonçaient leurs serres sur ces restes défigurés ; ils les déchiraient en battant des ailes et poussant des cris de joie durant leur horrible festin.

Exaltés par la prise de la chaloupe, les Indiens recommencèrent leur attaque du camp espagnol. L’épaisse végétation qui l’entourait leur permettait d’approcher sans être aperçus ; et ils le harcelaient à tout instant avec leurs conques, leurs tambours de bois, leurs cris farouches. Ils tenaient les étrangers incessamment en alerte pour les excéder. L’Adelantado, afin de remédier à cette situation, établit le poste sur un plateau découvert, où l’on fit avec des planches, de la terre et des tonneaux, une sorte de redoute. On mit au centre les provisions, les munitions de guerre. Deux fauconneaux de laiton, en bon état, furent tournés sur les deux points les plus exposés, et quelques décharges maintinrent l’ennemi à distance respectueuse. Néanmoins, les Espagnols se trouvaient pour ainsi dire bloqués dans cette retraite*

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