TI
De son côté, l’Amiral éprouvait de mortelles inquiétudes. Depuis dix jours, il attendait le retour de la chaloupe, et rien ne paraissait. Pressentant quelque malheur, plusieurs fois il avait envoyé le canot bien armé courir à sa recherche et tâcher de rapporter des nouvelles du camp. Mais toujours la violence du ressac à l’embouchure avait empêché l'embarcation d’aller plus avant; et ellemême n’était retournée à la Capitane qu’en courant grand péril.
Bien qu’on fût sans nouvelle de la chaloupe et de la factorerie, pourtant jusqu’à présent on avait l’espoir que les indigènes n’attaqueraient pas l’établissement, à cause des cinquante prisonniers gardés en otages à bord du Saint- Jacques- de-P alos . Chaque soir, on enfermait les Indiens dans l’entre-pont de l’avant. L’écoutille se fermait au moyen d’une chaîne avec cadenas, et, par surcroît de précautions, quelques matelots couchaient sur son couvercle, d’ailleurs assez élevé pour que les prisonniers n’eussent pu y atteindre. Un soir, au lieu de passer la chaîne et de fermer le cadenas , les matelots se contentèrent de faire leur lit sur lecoutille. Les Indiens, remarquant cet oubli, ramassèrent sans bruit les pierres qui servaient de lest, montèrent dessus, arrivèrent ainsi à la hauteur du couvercle, et à un signal convenu, par un effort simultané de leurs épaules, ils le soulevèrent brusquement, en renversant les marins qui s’y trouvaient endormis, et la plupart eurent le temps de s’élancer par-dessus le bastingage dans la mer, avant que les matelots, revenus de leur surprise, eussent appelé à leur aide. Les Indiens qui n’avaient pu s’échapper les premiers furent repoussés dans