BONNE FOI DU NARRATEUR
tophe Colomb ne rapporte pas ce qu’il a senti ou ce qu’il a vu, mais simplement ce qu’il a entendu : Fides ex auditu.
D’où venait cette voix et à qui appartenait-elle ? Le serviteur de Dieu ne le dit point , sans doute par modestie chrétienne. Î1 n’expose le fait qu avec une discrétion pleine de respectueuse gratitude; et, sans designer la qualité de l’être compatissant qui le consola, il se borne à dire : « Celui qui me parlait, quel qu il fût; » textuellement : Quien quiera que fuese. Mais déjà les paroles qui précèdent ont à son insu apposé sur cette confidence le cachet de la véracité chrétienne.
En présence de celui qui lui parlait, lui decouviant son propre cœur, lui rappelant les munificences providentielles , l’élection et la prédilection céleste dont il était l’objet, lui montrant la bonté gratuite du Créateur, qui ne lui devait rien, en regard de l’ingratitude de ceux qui lui devaient tant, Colomb était à demi mort. Il avoue qu’il ne pouvait rien répondre ; il ne put que pleurer ses erreurs. Alors, ainsi qu’il advient aux justes dans leur ravissement, aux amis de Dieu dans 1 extase, avec tiem blement et amour, il regretta sa faiblesse, ses imperfections, qu’il nomme ses erreurs. Il eût voulu être pur comme la lumière pour se juger moins indigne du Soleil de justice, le Seigneur Dieu. A travers son laconisme, on lit clairement sa pensée. Tout esprit avancé dans les études psychologiques reconnaîtra ici la force expéiimentale du vrai , et trouvera dans ces paroles de Colomb
un critérium infaillible de sincérité.
Assurément les combinaisons de la ruse, de 1 ambition déçue, n’auraient ni rencontré cette image, ni invente cette sensation de Famé chrétienne sous le poids glorieux et terrible d’une faveur céleste. Ces idées ne sont pas de
-lye*