COLOMB ABORDE AU NORD DE LA JAMAÏQUE
porte, <( et mon navire était au moment de couler bas, lorsque Notre Seigneur me conduisit miraculeusement à terre1. »
Le 23 juin, au point du jour, la Capitane , bientôt suivie du Saint-Jacques de Palos , fut poussée, sur la côte nord de la Jamaïque, dans un port bien abrité, mais inhabité, et privé même d’eau douce. C’était la veille de la fête de Saint-Jean-Baptiste. Les équipages la célébrèrent en suivant forcément l’exemple de ce prédicateur du jeûne.
Le lendemain , avec des périls et des fatigues inexprimables, on longea la côte en cherchant un asile plus à l’est. L’Amiral reconnut vers le milieu de la partie nord de File 2, le superbe havre qu’il avait aperçu lors de sa découverte de la Jamaïque, mouillage commode et sûr, entouré de sites ravissants et que dans son premier élan d’admiration, il avait nommé le port de la Sainte Gloire : Santa Gloria3, parce que l’harmonie des œuvres du Verbe Créateur s’y déployait avec une indicible magnificence, et que son âme religieuse goûtait dans les jouissances d’une telle contemplation un bonheur dont le ravissement lui semblait comme une ombre de celui des élus.
Cette terre si gracieusement hospitalière était fort peuplée et abondante en toutes choses nécessaires à la vie. L’Amiral ne fut pas seul à reconnaître ici une bonté particulière de Dieu. Son capitaine de pavillon, le brave Diego Mendez, considéra cet événement comme un acte delami-
1 « El navio se me anegô, que milagrosamente me trujo Nuestro Senor â tierra. » — Christophe Colomb, Lettre aux Rois Catholiques , écrite de la Jamaïque le 7 juillet 1503.
s « El puerto que se diz de Santa Gloria, que es casi en el medio de la parte septentrional. » — Christophe Colomb, Note inscrite sur le UUÏllet LIX du riBRO de las frofecias.
3 Andres Bernaldez, Historia de los Reyes Catôlicos, cap. cxxv. Ms.