LE PORT DE SANTA GLORIA
séricorde divine. En rapportant cet abordage à la Jamaïque, 1 historiographe royal Herrera dit aussi : « L’Amiral, en cette rencontre, fut grandement favorisé de Dieu1. » Un échouage ne pouvait s operer sur une côte offrant des res-
sources plus assurées. Il semblait qu’elle eût été choisie à dessein.
La baie de Santa Gloria se trouvait garantie du choc du grand courant de l’est à l’ouest par les lignes de la côte, qui a droite et a gauche amortissaient l’efïorl des vagues, déjà brisées au loin par le promontoire Fiat au cou-
chant, et le cap Drax au levant2. L'encadrement de la côte, si richement boisée, l’exemptait de la brusquerie des vents de terre. Des eaux vives et fraîches se déchargeaient à l’est par trois rivières délicieusement ombragées. Des fruits de toutes sortes, bien supérieurs à ceux des autres îles, abondaient aux alentours. Le village de Maima, a peine éloigné d’un quart de lieue, couronnait un gracieux coteau. L’Amiral ordonna d’échouer d’abord le Saint- Jacques de Palos. Quoique la Capiiane fût pleine d’eau jusqu au tillac, et qu’on s’étonnât de ce qu elle n’eût pas encore coule à fond, Colomb semblait vouloir essayer de remettre en mer. Il ne statuait pas sur le sort de sa cara-
velle : il ne donna l’ordre de l’échouer qu’au bout de plusieurs jours, quand il eut reconnu que ce serait tenter Dieu que de vouloir pousser plus loin avec un navire qui ne gouvernait plus et ne se soutenait que par un prodige3.
1 Herrera, Histoire générale des conquêtes et voyages des Castillans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. VI, ch. ni.
2 Voir la grande carte de Pile dressée par ordre du gouvernement
anglais. — Map of Jamaïca, in the colonial office and Admiralty.
By John Arrowsmith.
3 Dans les dernières notes du Journal de Diego de Porras, malgré Ter-