W26G COURAGE INGÉNIEUX DE DIEGO MENDEZ
Alors la Capitane fut attachée à bâbord du Saint-Jacques de P alos et reliée à ses flancs par de forts madriers. Avec toutes les pièces des mâtures devenues inutiles et des cloisons intérieures, qu’on parvint à défoncer, on éleva à l’avant et à l’arrière des deux caravelles plusieurs baraques qui furent recouvertes en paille. L’Amiral consigna tout le monde à bord pour éviter toute cause d’altercation avec les naturels.
Le capitaine de pavillon Diego Mendez , que , malgré son titre purement honorifique, l’Amiral chargeait de la distribution des vivres, ayant achevé de donner la dernière ration de biscuit et de vin , on se trouva en présence de la famine. Personne n’osait demander à descendre pour aller chercher des vivres. Dans ces cruelles conjonctures, la foi et l’ intrépidité du fidèle écuyer de Colomb brillèrent de nouveau.
Il offrit à l’Amiral de se dévouer.
En conséquence, prenant une épée et se faisant accompagner de trois hommes courageux, il s’avança dans 1 île. Evidemment, s’il eût rencontré des indigènes aussi belliqueux que ceux du Rio Belen, il était perdu. Mais, ainsi qu’il le dit lui-même, « il plut à Dieu que je trouvasse des habitants fort doux qui ne me firent aucun mal, se récréèrent avec moi et me donnèrent des vivres de leur plein gré1. )>
Le capitaine de pavillon se concerta avec le Cacique
reur évidente du nom du mois, on reconnaît par les quantièmes et les noms des jours où s’effectua cet échouage, que la Capitane ne fut sacrifiée que plusieurs jours après le Saint-Jacques de Palos.
1 « Y plugo à Dios que hallaba la gente tan mansa que no mehacian mal, antes se holgaban cou migo y me daban de corner de buena voluntad. » — Retacion hecha por Diego Mendez de algunas aconteci mientos del ültirno viage del almirante don Cristobal Colon .
SECOURS EN VIVRES QU’lL OBTIENT DES NATURELS. 267
d Aguacabilda pour la fourniture régulière d une quantité déterminée de poissons, d’oiseaux, d’utias et de pain de cassave, t[u on leur payerait en grelots, en peignes, en couteaux, en hameçons et en grains bleus dont les indigènes faisaient des colliers. Diego JVlendez dépêcha aussitôt l’un des Espagnols à l’Amiral, afin qu’il fît recevoir et payer ces provisions. Il alla ensuite, à trois lieues plus loin, faire un arrangement semblable avec un autre Cacique, et dépêcha encore à l’Amiral un de ses compagnons, pour le prévenir du marché. Continuant sa route, lecapi- :aine de pavillon arriva chez le grand Cacique de Huareo, ’ésidant à treize lieues de Santa Gloria. Le chef I’accueilit parfaitement, lui promit des livraisons quotidiennes de 'ivres, lui remit sur l’heure tout ce qu’il demanda, et
lussitôt celui-ci dépêcha vers l’Amiral son troisième nessager.
Se confiant à Dieu, qui avait tant de fois manifesté sa irotection à son maître et 1 avait soutenu lui-même en des occasions cütficiles, il osa rester seul, et s’aventurer dans 'à pai tie orientale de 1 île. il fut bien inspiré. Il arriva sur es terres du Cacique Ameyro, qui se prit subitement amitié pour lui, échangea son nom avec le sien, conentit à lui vendre un fort bon canot, et lui prêta six ameurs pour le conduire sans fatigue où il le voudrait, in payement, Diego Mendez lui donna un petit bassin en liton qu il avait dans sa manche, une casaque et l’une es deux chemises qu’il possédait. Il remplit le canot de ivres, et rejoignit à toute vitesse l’Amiral. En ce moment, jr les navires il n’y avait plus un seul morceau de pain à langer1.
1 « Al tiempo que yo Uegué â las naos no habia en ellas un pan que imer. » — Relacion hecha por Diego Mendez de algunas acontea ~ ientos del ültimo vicige del almirante Cristôbal Colon.