CHAPITRE V
Christophe Colomb prépare, pour les Ilois, une lettre qu'il gc peut faire parvenir que par miracle. — Diego Mondez comptant sur la protection que Dieu accorde à son maître, se charge de la porter. — Il est merveilleusement aidé par la Providence, et passe enfin à 1 Espagnole sur un canot de sauvage à travers d’effrayants périls. — Ce voyage est vraiment miraculeux. — Les frères Porras ourdissent un complot contre l’Amiral, leur bienfaiteur. — Ils s’associent les
gens de Séville. — La coterie de Séville met à exécution le complot. Son
succès et son départ triomphal.
La magnificence du site, sa commodité, l’abondance des vivres, les dispositions amicales des insulaires ne pouvaient toutefois tromper la clairvoyance de l’Amiral. Il savait la mobilité d’esprit des sauvages et leur profonde dissimulation. Ces peuplades, maintenant secourables, demain pouvaient être ennemies. Deux fois déjà, Colomb avait pu juger de leurs dispositions belliqueuses1. Elles possédaient d’importantes flottilles de canots. Il leur était facile d affamer sur leurs pontons les naufragés, ou de les brûler avec leurs navires. Les équipages, exténués par les fatigues inexprimables de cette navigation, semblaient abandonnés de toute énergie. On ne pouvait remettre à flot les caravelles, ni en construire d’autres; il ne restait plus assez d’ouvriers pour l’entreprendre ; d’ailleurs, tous
1 Dans son second voyage, lorsqu’il vint à la Jamaïque, avant et après son exploration de la côte méridionale de Cuba.