‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 228 sur 444 · LE MESSAGE SANS MESSAGER · texte numérisé non relu

LE MESSAGE SANS MESSAGER

naturellement harmonisés comme une seule vibration de l’àme. « L’abandon avec lequel cette lettre est écrite, dit l’illustre Humboldt, ce bizarre mélange de force et de faiblesse, d orgueil et d humilité touchante nous initient pour ainsi dire aux secrets et aux combats intérieurs de

la grande âme de Colomb L »

L’Amiral, en écrivant cette lettre, annonçait qu’il l’enverrait au moyen des Indiens. Effectivement, d’aventureux pirates se hasardaient parlois avec leurs canots et a de grandes distances, en suivant certains couiants et faisant escale sur diverses côtes. Mais parmi eux, nul n était assez insensé, assez dédaigneux de sa vie pour vouloii passeï directement de la Jamaïque a Haiti, allant de front contre les courants et les vents d’Est continus. A quelque prix que ce fût, aucun Indien ne voulut tenter 1 impossible, et essayer ses pagaies contre un courant de quarante lieues de large, avec vent debout presque constamment.

Le message resta sans messager.

Mieux que personne, l’Amiral se rendait compte de ces difficultés et de ces périls. Il savait bien 1 impossibilité de franchir quarante lieues de mer, contre les courants et les vents sur les frêles embarcations des sauvages. C’était d'une témérité insensée : il s’ offrait mille chances de mort

contre une seule de réussite.

Pendant neuf jours, Colomb médita en lui-même, se tint devant Dieu, le consultant; et enfin résolut de savoir ce que le Très-Haut, suivant l’expression de Pierre Martyr, avait décidé 2 à son égard.

Évidemment seul, un chrétien prêt aux souffrances, un

1 Humboldt, Histoire de la géographie du Nouveau Continent , t. HL section n, p. 239.

2 « Quid de se Deus cogitet, statuit experiri. » — Pétri Martyris Angleiii, Occaneæ Decadis tertix , lib. IV, fol. 62, recio.

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