FIESCHI OBLIGÉ D? ATTENDUE LE RETOUR DE D. MENDEZ
suivre 1 . Pour rien au monde ils ne voulaient recommencer en canot un pareil voyage, dont la réussite paraissait un miracle sur lequel il ne fallait pas compter deux fois. Les Espagnols considéraient ce prodigieux passage, opéré en trois jours et trois nuits, comme aussi merveilleux que la conservation du prophète Jonas durant le même espace de temps dans le ventre de la baleine2. Force fut donc à l’intrépide gentilhomme d’attendre le navire que Diego Mendez était allé solliciter du gouverneur général.
§ ni.
Toujours consignés à bord des deux caravelles, les équipages tournaient sans cesse vers le nord leurs regards impatients. Ils attendaient le retour du capitaine Fieschi , et espéraient découvrir son canot. Bien des semaines s’étaient succédé dans cette inutile attente. L’influence de cette température nouvelle, la nourriture exclusivement végétale à laquelle on était réduit, le manque de vin et de cordiaux, après les fatigues inouïes qu'on avait supportées dans cette navigation sans exemple, agirent sur les tempéraments les plus faibles3. Un certain nombre de marins fut obligé de s’aliter.
Cette circonstance assombrit les esprits aigris par les privations, l’incertitude de l’avenir, l’isolement et l’immobilité à laquelle ils étaient contraints. Les jeux de dés et
1 Fernando Colombo, VitadelV Amiraglio , cap. cv.
2 « Parea loro appunto che Dio gli havesse liberati dal ventre delta Balena corrispondendo i tre di e le tre notti alla figura del profeta Giona. » — Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio , cap. cv.
3 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes, liv. M»
chap. ix.