LES FRÈRES PORRAS
mandes L » Loin de se montrer touchés d’une indulgence si paternelle, les deux Porras résolurent de s’illustrer et de conquérir une brillante position, aux dépens de l’honneur et de la vie même de leur bienfaiteur, ils comptaient sur T impunité, à cause de leur sœur, alors réputée la plus grande beauté de Séville, et du crédit du trésorier royal Morales, devenu son esclave.
Les frères Porras attirèrent aisément à eux des matelots et des novices de Séville, qui se trouvaient flattés d’entrer en rapport avec des gentilshommes de la cité natale. Corps robuste, esprit grossier, l’ex-matelot Pedro de Ledesma, aussi de Séville, oubliant la haute promotion qu’il devait à l’Amiral, se mit de leur parti. Le pilote major, natif de Cadix, mais affilié aux gens de Séville, Juan Sanchez, qui avait laissé échapper le Quibian placé sous sa garde, après en avoir répondu avec tant de fanfaronnades2, mécontent de lui-même, croyant réparer cet échec par un crime , s’associa à leur complot. Sauf ces deux officiers, ils n’ébranlèrent aucun des membres de l’état-majcr-, mais ils gagnèrent dans la maistrance et parmi les matelots ce qu’il y avait de plus robuste et de plus hardi. Le maître tonnelier de Séville, Juan Noya, le maître armurier de Séville, Juan Barba, ferrailleur effronté, Gonzalo Gallego et François Cordoba, qui furent déserteurs, Andrès et plusieurs autres matelots et novices, tous du port de Séville ou des alentours. Ce complot, exclusivement composé de gens de Séville,
1 « Y que eran talcs que merecian otro eastigo que reprension de boca. » — Cartas de D. Cristôbal Colon ci su hijo D. Diego, en Sévilia a 21 de noviembre de 1504.
2 Dans sa jactance il avait dit d’un air vainqueur qu’il consentait, si le Quibian s’échappait, à ce qu’on lui arrachât la barbe poil à poil. — Las Casas, la Ilistoria de las Incitas , libro II, cap. xvv. Ms.
COMPLOT DES PORIUS. 289
sourdit lentement d’abord, afin de mieux s’assurer du secret. Tous ses affiliés étaient instruits des sentiments des bureaux de la marine envers Colomb.
Les 1 orras disaient, à voix basse, que l’Amiral les retenait miseï ablement campes sur les carcasses pourries des ieux caravelles , afin d avoir bonne compagnie et de se former une gai de, parce qu il était exile et ne pouvait etournei en Castille 5 qu llispaniola même lui était inter- ^i te ; on 1 en avait chasse, et son gouvernement était lonné à un autre. Il venait d’envoyer ses deux créatures lévouées, Mendezet Fieschi, en Espagne pour fléchir les Rois-, et bien évidemment tous étaient ici sacrifiés à son
ntérèt personnel. Peu à peu, ils ruinèrent son autorité, m rappelant de quelle façon les bureaux de la marine Paient habitués à traiter ce Génois, et comment Roldan
avait forcé à le réintégrer dans sa charge. Aucun des narins de Séville ne pouvait d’ailleurs ignorer les mêlées dont l’Amiral était l’objet; les tracasseries et humiliations sans nombre qu’on lui avait fait endurer, ils omprirent que la haine de l’ordonnateur général don uan de Fonseca et la beauté de la sœur des Porras 1 laideraient leur cause et feraient pardonner leur déart. Ils se flattaient même, au moyen de leurs accusions, de faire que la cour, voyant que personne ne ouvait vivre avec cet étranger, en délivrât enfin la 11a-
on espagnole2. Ils étaient assurés, en arrivant à Saintomingue, du bon accueil du gouverneur Ovando, vétable hidalgo, qui, détestant l’Amiral, serait charmé
1 « Hallarian al obispo don Juan de Fonseca, que les favoreceria y n al tesorero Morales, el cual ténia por dama una hermana de los
rras. » Fernando Colon, Historia del Almlrante Bon Cristôbcil Ion, cap. ch.
2 Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue , liv. IV, p. 248.
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