SOUFFRANCES PHYSIQUES DE L’AMIRAL
de le savoir abandonné de tous , suivant ses mérités.
Diego de Porras , qui n’avait jamais mis le pied sur un navire avant ce voyage, trouvait des motifs nautiques pour justifier sa rébellion, en démontrant que 1 Amiral, au lieu de venir sottement à la Jamaïque, pouvait fort bien aller du cap de la Croix à Hispaniola; et que les dernières avaries des caravelles, ainsi que l’éehouage dans ce maudit port, étaient la conséquence de sa faute et de son caprice \ Toutefois, comme on ne pouvait eflectuer le départ sans canots, sans armes, sans objets d’échange; et qu’évidemment ces choses ne s’obtiendraient que par la force ouverte, c’est-à-dire un combat contre les gens de l’Amiral, ce qui était un parti extrême, on convint d’attendre l’expiration de Vannée; et si aucune nouvelle n était arrivée a cette époque, dès le 2 janvier, on s’emparerait des choses nécessaires et l’on partirait pour Hispamola.
Cependant l’Amiral, fort occupé des malades, en sollicitude pour tous ces hommes qu’il avait conduits à la recherche du Détroit, était lui-même accablé de souffrances physiques. Ses douleurs articulaires le retenaient cloué dans son lit, comme perclus. Habitué à souffrir, exercé dès longtemps à la résignation, il ne montrait aucune impatience. Un pressentiment secret l’assurait que Diego Mendez était arrivé heureusement. 11 savait bien que le noble Fieschi serait revenu s’il eût pu le faire. Le refus qu’avait durement exprimé Ovando de l’accueillir au moment du danger, lui donnait d’avance la mesure de son empressement à le secourir dans sa détresse. Le retard ne l’étonnait pas. D’ailleurs sa soumission à la volonté
1 Cette accusation se lit sur son journal. — « La causa desta ida a la Jamaica no hay quien lo sepa mas de querello facer. » — Relation del viage é de la tierra agora nuevamente descubierta por el ahni rante D. Cristôbal Colon.