COLOMB A LA CERTITUDE D’UN CONTINENT NOUVEAU
étaient confirmées par les conjectures des philosophes les plus érudits du temps h »
Quelle que fût l’erreur de Colomb au sujet du paradis terrestre, l’ingénieux de ses inductions rachetait amplement l’imperfection de ses données. On ne pouvait tirer de ce qu’il avait découvert des aperceptions plus larges que les siennes. Ses jugements sur les choses présentes ou apparentes, quoique inconnues encore, sont toujours appuyés par des faits cosmographiques et des considérations profondes.
En voyant une telle masse d’eau douce produite par un fleuve, Colomb induit que si ce fleuve ne descend pas du paradis terrestre, il a nécessairement un cours très-long 5 dès lors, il doit provenir d’une terre immense, située au midi, et sur laquelle on n’a pas eu jusqu’à présent de renseignements. Navarrete est forcé d’en convenir, « cette réflexion persuada l’Amiral que cette terre était la Terre ferme. » Ainsi, qu’à la qualité de l’eau de la mer, il avait reconnu la quantité d’eau douce du fleuve qu’il ne voyait pas; par la puissance du fleuve, il avait jugé de son parcours; par le parcours, de l’étendue de la terre; et, par cette étendue, apprécié le caractère géographique du sol. Ce ne pouvait dès lors être une île : c’était un Continent.
Nous disons plus : à dater de ce moment, le Révélateur du Globe sentit qu’il avait touché une terre sur laquelle l’Europe n’avait eu encore aucun renseignement2. Donc, il ne croyait plus être en Asie, mais sur un Continent tout à fait inconnu jusque-là.
1 Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb , liv. X, chap. îv.
2 « Y creo esta tierra que agora mandaron descubrir Vuestras Altezas sea grandisima ; y haya otras muchas en el Austro de que jamas se hobo noticia. »