RÉBELLION DES FRÈRES PORRAS
ignorer qu’il en avait envoyé demander au gouverneur; qu’il était plus que personne intéressé à ne pas séjourner en pareil lieu ; que, dans la gravité des conjonctures, il n’avait jamais rien voulu décider sans prendre l’avis de ses officiers ; qu’il les avait réunis plusieurs fois pour délibérer à ce sujet ; que s’il venait de trouver quelque expédient, il serait charmé de convoquer, tout exprès, le conseil et de lui communiquer sa proposition.
Là-dessus, François de Porras répondit d’un ton railleur, cruellement aggravé par l’insolence du geste, qu’il n’était pas besoin de tant de discours, et qu’il eût à s’embarquer sur l’heure, sinon qu’il restât à la garde de Dieu ; puis il lui tourna le dos. « Je m’en vais en Castille : qui m’aime me suive, » criait-il à ses compatriotes de Séville qui s’étaient approchés. Tous s’écrièrent : Moi ! moi! ce sera moi ! Et en même temps ils se répandirent sur tous les points du baraquement. L’armurier Juan Barba osa tirer son sabre, menaçant les gens de l’Amiral. Les marins de Séville pillèrent le magasin d’armes, où étaient rangés les objets d’échange; ils prirent les marchandises, les ustensiles à leur convenance, en criant : Castille ! Castille! tandis que d’autres, excités par les Porras, criaient : « Qu’ils meurent ! qu’ils meurent ! » et que les esprits indécis s’écriaient : « Seigneur Amiral, que ferons-nous? »
Au milieu de cette horrible confusion, l’Amiral, tout perclus qu’il était, essaya de sortir de son lit; tomba, se releva et retomba encore , mais persista cependant à vouloir sortir de sa cabine et à se porter sur le champ du tumulte. Son jeune fils, ses officiers, ses écuyers le prirent dans leurs bras et le remirent dans scn lit h Pendant ce temps, l’Adelantado, qui avait saisi une hallebarde, s’était
1 Herrera, Histoire générale des voyages , etc., dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. VI, chap. v.