NOUVEAU COMPLOT
avoir vu périr un navire entraîné par les courants vers le sud. L’assombrissement des esprits allait se rembrunissant de jour en jour. Profitant de ces dispositions, le médecin Bernai, cet ancien apothicaire de Valence qui exécrait l’Amiral, de l’aversion qu’éprouve le crime pour la vertu, s’affilia 1 un écuyer de la Capitane , nommé Alonzo de Zamora, et un aspirant du Saint-Jacques de Palos , Pierre de Yillatoro, qui avaient été malades. Il attira aussi un certain Gonzalo Camacho, de Séville, que sa parenté avec l’honorable Pierre de Terreros, maître d’hôtel de l’Amiral, aurait dû préserver de cet égarement.
Alin qu’aucune amertume ne fût épargnée à Colomb, ce fut parmi les hommes qu’il avait ramenés à la santé par ses soins, sa médication morale, que se forma secrètement un second complot, plus redoutable que le premier. Cédant aux insinuations de maître Bernai, exaspérés de leur position, les anciens malades résolurent de s’emparer des canots de service, d’enlever tout ce qu’il y avait bord, et de massacrer l’Amiral qui les avait mis dans cette triste situation. Ce fut le parti du désespoir. Le secret en resta profondément enfoui dans une haine silencieuse. Bien ne transpirait au dehors. Colomb ne se doutait aucunement du danger ; mais la Providence veillait sur lui. a Dieu remédia à ce péril 2. » Le jour avait été désigné : c’était durant la nuit que devait éclater ce complot des malades. Peu d’heures avant le moment fixé pour son exécution, vers le soir3, on aperçut au nord-
1 Christophe Colomb. — « Este maestre Bernai se diz que fue el comienzo de la traicion. » — Lettre de V Amiral à son fils D. Diego , datée de Séville le 29 décembre 1504.
2 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. VI, chap. vu.
* « Ma vedendo Nostro Signore il gran pericolo che ail* Ammiraglio