‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 255 sur 444 · OVANDO SOLLICITÉ PAR DIEGO MENDEZ · texte numérisé non relu

OVANDO SOLLICITÉ PAR DIEGO MENDEZ

communiquer avec les quelques partisans de l’Amiral. Lorsque le fidèle Diego Mendez revenait à la charge, rappelait la déplorable situation de son chef, et offrait de noliser, à ses propres dépens, une caravelle qui lui portât des vivres et le ramenât avec tous ses hommes en Castille, Ovando répondait qu’assurément nul ne désirait plus que lui le tirer du lieu où il languissait; mais qu’il fallait pour cela des navires, et que, par malheur, il ne s’en trouvait pas un seul dans les ports de file. En effet, depuis plus d’un an, aucun arrivage n’avait eu lieu 1 . En attendant, le gouverneur général continuait sa marche dans le pays de Xaragua.

L’Etat de Xaragua, le plus vaste des cinq royaumes d’Haïti, appartenait, comme nous l’avons dit, à Behechio. Depuis peu, sa mort avait fait passer îa couronne sur la tète de sa sœur, la célèbre Anacoana. La jeune veuve de Behechio, Y incomparable Guanahattabenechena, qui était la plus fraîche beauté dont il y ait jamais eu mémoire dans ces îles, d’après Y usage du pays, avait été ensevelie vivante avec ses parures 2, et deux suivantes 3. Anacoana restait donc sans rivale pour la beauté, comme elle l’était pour le talent et pour la puissance. Son élégante suprématie était reconnue des grands et petits souverains de l’île. Ils ado-

1 Relacion hecha por Diego Mendez de algunos acontecimientos del ültimo viage del Almirante don Cristobal Colon.

2 « Secum sua monilia sibi que viventi gratos ornatus sepelivit. » — Pétri Martyris Anglerii, Oceaneæ Decadis tertiæ, liber noms , fol. lxiii.

3 « Deux de ses femmes entrèrent toutes vives avec lui, non pas tant par l’amour qu’elles lui portaient que par force et contre leur volonté; et les mit-on dans la sépulture toutes vives , et accomplirent ces infernales obsèques et funérailles pour observer la coutume qui n’étoit point générale dans toute l’île. » — Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes , liv. V, chap. m. Traduction de Jean Poleur, valet de chambre de François Ier.

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OVANDO DANS LE PAYS DE XARAGUA. 30t)

raient sa personne et vénéraient ses commandements : c’était la personnification de la poésie de ces insulaires, le type de la beauté, et la première sublimité accessible à leur entendement.

Certains complices de Roldan, qui s’étaient soustraits à l’ordre du retour en Castille et avaient obtenu des répartitions de terre dans les États de Behechio, où ils commettaient d’horribles excès, pensant se concilier la faveur du gouverneur et prévenir les plaintes qui pourraient lui parvenir contre leurs iniquités, avaient imaginé d’écrire à diverses reprises que les Indiens de cette contrée préparaient un soulèvement.

Ovando résolut, suivant l’exemple de l’Amiral, d’aller examiner par lui-même les lieux et les hommes, et de comprimer les Indiens en réprimant les abus commis par les Espagnols. A tout événement, il se fit accompagner d’une Force respectable : trois cents hommes d’infanterie et soixante-dix chevaux. 11 s’annonça comme venant lever

le tribut et visiter une souveraine qui s’était toujours montrée bienveillante pour les Castillans. Aussitôt Ana- ^oana envoya l’ordre à tous les Caciques de se réunira sa 'csidence, en grand apparat, pour rendre hommage au gouverneur. Elle vint à sa rencontre avec un cortège

remarquable, où des chœurs et des ballets de sa composition, alternés avec des groupes de seigneurs revêtus de eurs plus beaux ornements, étaient entremêlés de canédiores embaumant l’air par leurs fleurs et leurs guirandes h Elle fit exécuter par trente choristes une danse

1 La peinture des mœurs d’Iîaïti et du génie poétique de la Reine Inacoana est admirablement tracée par M. Ferdinand Denis dans son oman historique : Tsmael Ben Kaïzar. Malgré la fiction de la forme, la réalité de robservation se fait sentir dans cette sérieuse étude locale; et

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