ANACOANA REÇOIT OVANDO AU MILIEU DES FÊTES
nouvelle, la danse virginale, où ne figuraient ni hommes ni femmes mariés ‘. Le gouverneur et sa suite furent logés dans les demeures préparées à cet effet, et on leur servit des banquets d’une profusion remarquable. Plusieurs jours se passèrent en réjouissances. « On ne pouvait se lasser d’admirer le bon goût qui régnait dans cette cour sauvage2. » Les anciens complices de Roldan se troublèrent en voyant le rigide Commandeur tomber également sous le charme d’Anacoana. Ils redoublèrent leurs instances pour lui persuader que cette réception cachait le comble de la perfidie.
L’esprit sans cesse inquiet et soupçonneux d’Ovando accepta aisément cette idée, et il y répondit par une combinaison odieuse. Les Indiens ayant régalé de leurs jeux les Castillans, le Commandeur annonça qu’il leur montrerait à son tour les jeux équestres de l’Espagne. Il indiqua cette fête pour le dimanche suivant, y invita la Reine de Xaragua , et il lui fit insinuer qu’il serait digne de sa grandeur de s’y montrer avec toute sa noblesse. La salle qui réunissait la cour indienne donnait sur la place où devait s’exécuter le carrousel : elle consistait en une halle ouverte, dont un grand nombre de piliers soutenait la toiture. Anacoana, la fleur d’or, toujours belle comme aux jours où le chevaleresque Adelantado rendait hommage à la suzeraineté de ses grâces , mais légèrement empreinte de mélancolie depuis les chagrins causés à sa fille Higuenemotta par Fernand de Guevarra, prit place avec sa
on la trouvera bien autrement importante et complète que F Histoire des Caciques d’Haïti, par M. Émile Nau.
1 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes , lib. V, chap. i.
2 Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue, liv. IV, p. 232.