‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 257 sur 444 · CRUELLE CONDUITE D’OVANDO ENVERS LA REINE · texte numérisé non relu

CRUELLE CONDUITE D’OVANDO ENVERS LA REINE

chère enfant au-dessus des premiers Caciques, impatients d’un spectacle inconnu.

Les Espagnols se firent un peu attendre.

Des pelotons d’infanterie occupèrent successivement toutes les avenues de la place ; pendant ce temps Ovando jouait froidement au palet. Il avait été convenu que dès qu il porterait la main a sa croix d’Alcantara 1 , cavaliers et fantassins feraient main Lasse sur la multitude. Quand toutes les issues furent fermées, Ovando montant à cheval, parut à la tète de son escadron; après quelques manœuvres, il tira son épée, et tous les cavaliers mirent le sabre hors du fourreau, ce qui agita un peu le cœur d Anacoana. Au bout d’un instant, le Commandeur fit le signal convenu. Alors cette troupe fondit sur les curieux éperdus, tandis que les pelotons d’infanterie les attaquaient par derrière: ce fut une boucherie affreuse. Femmes, enfants, vieillards, tout était également percé, abattu, écrasé sous les chevaux. La salle où se trouvait la Reine, cernée par les cavaliers, se changea en prison pour les Caciques. Seule, Anacoana en fut retirée 2; mais violemment meurtrie, étroitement garrotée. Quatre-vingt-quatre seigneurs 3 furent liés aux piliers et soumis à la torture, afin de donner des éclaircissements sur le prétendu complot. Les douleurs arrachèrent quelques aveux mensongers dont on prit acte. Après quoi on mit le feu à cette salle, et ces malheureux périrent brûlés. La capitale de Xaragua livrée aux flammes disparut en quelques heures. Les cendres cachèrent le sang des malheureux Indiens.

1 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. VI, chap. îv.

2 Herrera, Histoire générale des Indes. Décade ire, liv. VI, ch. iv.

3 Relacion hecha por Diego Mendez de algunos aconlecunientos dd ültimo viage del almirante don Cristôbal Colon.

EXECUTION D ANACOANA.

En récompense de son hospitalité, de sa confiance, de sa résignation, l’infortunée Anacoana vit des chaînes de fer remplacer ses guirlandes de fleurs. Avec les témoignages extorqués à la souffrance, on l’emmena comme une vile criminelle à Saint-Domingue-, et là, sur ces pièces et les accusations des bandits dont elle avait enduré si longtemps les forfaits, on la jugea suivant les formes d’une procédure dérisoire. Elle fut condamnée à la potence! Ovando la fit exécuter publiquement. Ainsi périt la noble et hospitalière Anacoana, la poétique et glorieuse

Reine d’Haïti.

Jusqu’à ce qu'il eut commis cette épouvantable atrocité, Ovando ne céda point aux obsessions de Diego Mendcz. Mais après que les Indiens exaspérés se furent sauvés dans toutes les directions, réduits à des vengeances isolées, il permit au capitaine de pavillon de se rendre à Saint- Domingue selon ses désirs. Outre les chances de mort auxquelles il l’exposait en ce moment, il ne craignait pas que le fidèle écuyer put secourir son maître, car nul navire n’était encore arrivé. Diego Mendez pourtant n’hésita pas; il, partit à pied, et fit ses soixante-dix lieues1 sous la garde de celui qui l’avait déjà protégé.

Cependant l’on savait à Saint-Domingue l’abandon où languissait l’Amiral malade. Le noble Fieschi et les douze Espagnols venus dans les canots avaient répandu en divers lieux la nouvelle de l’échouage à la Jamaïque. Mais quand

1 Relation heclia por Diego Mendez de algunos acontecimiento* delüUirno viage del almiranle D . Cristôbal Colon ,

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