‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 258 sur 444 · LA SYMPATHIE SE RÉVEILLE POUR COLOMB · texte numérisé non relu

LA SYMPATHIE SE RÉVEILLE POUR COLOMB

Diego Mendez eut remis au brave Sanchez de Garvajal, facteur de 1 Amiral, la lettre qu’il n’avait pas osé lui faire passer, lorsque Martin Gonzalez, boulanger de la marine, Diego de Salcedo, ancien écuyer, et Diego de Salatnanca, ancien intendant du Vice-Roi, surent que depuis 5ept mois le gouverneur, instruit du naufrage de l’Aniial, n avait donne aucun ordre pour le secourir, ils ie purent s’empêcher d’exprimer leur indignation de ïet abandon criminel. Malgré les préventions aveugles iccumulées contre l’Amiral par les efforts des envieux * des rebelles, son génie, ses vertus, son affabilité lui Radiaient de cœur toutes les personnes de sa maison, bailleurs, son échouage sur une côte insoumise, après me navigation si glorieuse par ses découvertes et si ésastreuse pour sa personne, attirait à son infortune s*s vives sympathies des hommes de mer. Plusieurs peronnages notables, même ues fonctionnaires publics, le rand-juge de 1 lie, le docteur Maldonado, professaient ne haute admiration pour l’Amiral. Miguel Dias, ancien Icade de la forteresse, Juan Vélasquez, Garcia de Barmtes , le brave Malaver lui étaient dévoués. Christobal

arcia de Palos, le jeune Barthélemy Las Casas, depuis >rs immortalisé par son amour des Indiens, tous deux ii avaient des obligations personnelles. Jérôme Grimaldi, rione et d autres, venus pour coloniser réellement ce lys, honoraient celui qui l’avait découvert et donné à Espagne.

Parmi les habitants les plus influents de Saint-Dominie, se signalait un ex-lieutenant de vaisseau, ancien flcier de Colomb, le pilote Barthélemy Roldan, qui eut îonneurde l’accompagner dans le premier voyage. Ayant it d heureux travaux dans les mines et acquis une grande mine, son goût de industrie l’avait encore augmentée

314 l’opinion publique SE PRONONCE A HAÏTI.

considérablement. Il venait de faire bâtir dans les quatre rues principales de Saint-Domingue toute une rangée de maisons 1 pour les louer ou les vendre avantageusement. L’idée seule que depuis plus de sept mois son Amiral, échoué sur une côte sauvage, était laissé sans secours, révoltait son cœur. L’influence de ses rapports avec les ouvriers en bâtiment et ses nombreux locataires lui donnait un grand crédit. Bientôt l’opinion s’émut au plus haut degré. Les religieux de Saint-François, ne pouvant aller secourir de leur personne le Révélateur du Globe, priaient Dieu de soutenir sa patience dans cette longue épreuve. Chaque jour ils réclamaient publiquement l’union des fidèles à leurs prières2. Le zèle de ces excellents religieux ne craignait point de reprendre, du haut de la

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chaire, cette révoltante ingratitude ; ils tonnaient avec courage et solennité contre cet abandon.

L’insouciance d’Ovando n’était pas justifiable. S’il manquait d’une caravelle assez grande pour ramener tout le monde, il pouvait au moins envoyer à ces naufragés des approvisionnements et des espérances, par l’un des brigantins qui faisaient le service côtier d’Hispaniola. S’il n’eût pas retenu auprès de lui Diego Mendez, celui-ci aurait eu le temps de faire construire une felouque et de l’expédier à Santa-Gloria ppur rassurer l’Amiral.

Cependant l’opinion publique s’était si fortement prononcée que, pour lui donner satisfaction, Ovando annonça

1 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castil lans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. V, chap. iv.

2 Ce fait est affirmé par Las Casas qui fut témoin oculaire et auriculaire de leurs efforts. Ces religieux étaient partis d’Espagne avec Ovando 1(> |3 février 1602. Mais ils ne pouvaient oublier que c’était cà Christophe Colomb que l’Église devait le Nouveau Monde. — Historia de las tndiaSf iib. 11 j cap. x.\.\v ■

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1 envoi (l’un brigantin. Mais à qui confia-t-il le commandement de ce petit navire? À un ofiicier de terre. Et quel officier choisit-il? L’ennemi le plus ardent que l’Amiral eût à Hispaniola. Les provisions et rafraîchissements furent proportionnés aux sentiments du gouverneur pour Colomb. Une moitié de porc sale et un baril de vin, c était là un bien grand soulagement pour cent trente hommes qui se trouvaient avec l’Amiral 1 ! Défense fut laite a cet officier de communiquer avec les caravelles; de porter et de recevoir aucune lettre ou paquet; d échanger aucune parole avec les naufrages2. 11 devait seulement remettre a l’Amiral la lettre et le présent du gouverneur, et revenir aussitôt. La haine de son envoyé assurait Ovando de la ponctuelle exécution de ses ordres.

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