GRAVE OFFENSE L)’OVANDO ENVERS L’AMIRAL
la Capitane . Les canotiers demandèrent une amarre ; on la leur jeta. Ils y attachèrent un baril de vin et une moitié de porc salé que l’on hissa à bord. Puis l’officier mit au bout d’une gaffe un pli pour l’Amiral, la présenta ainsi. On prit le message, et aussitôt il fit pousser l’embarcation à quelque distance des caravelles ; alors il éleva la voix. En la reconnaissant, la plupart des pilotes restèrent stupéfaits. C’était le traître Diego de Escobar, ce commandant du fort de la Madeleine, qui, pendant que l’Amiral découvrait le nouveau continent, s’était révolté contre le Vice-Iloi des Indes et avait passé avec sa troupe à Roldan. Sa présence était une violation des ordres de la Reine, portant que tous les anciens rebelles seraient renvoyés en Castille. La mission que lui avait confiée Ovando constituait une grave offense envers l’Amiral.
Cependant Colomb sortit de sa cabine et parut sur le pont. Escobar lui cria que le gouverneur était au regret de ne pas avoir sur la rade un navire assez grand pour
l’envoyer prendre avec tous les siens -, qu’on veillait à ses intérêts ; qu’aussi tôt qu’on le pourrait, il serait tiré de ce lieu ; et lui offrit de se charger de sa réponse, s’il voulait la faire immédiatement, parce que le brigantin devait partir sans retard. Colomb accusa réception de son message à Ovando, recommandant à ses bontés Diego Mendez et Fieschi; l’assurant qu’il 11e les avait pas envoyés dans un autre but que de l’informer de son désastre, et demander son secours. 11 lui donnait avis de la révolte des Porras, qui ajoutait aux dangers de sa situation, et finissait en se recommandant à sa diligence.
Pendant ce temps, le canot se tint immobile. Des caravelles, les pilotes firent quelques questions aux canotiers; mais, suivant leur consigne, ceux-ci gardèrent rigoureusement le silence. Dès que la dépêche de l’Amiral lut