‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 269 sur 444 · RÉCEPTION DE COLOMB A SAINT-DOMINGUE · texte numérisé non relu

RÉCEPTION DE COLOMB A SAINT-DOMINGUE

dire aux Rois catholiques , en racontant des choses si extraordinaires : « Qui pourra croire ce que j'écris ici? » et cependant d'ajouter aussitôt : « Je dis que, dans cette lettre, je n’ai pas rapporté la centième partie de ce qui m’est arrivé. Ceux qui furent avec l'Amiral peuvent l’attester1. »

Enfin l’Amiral atteignit la petite île Beata , d’où, par la voie de terre, il fit prévenir le gouverneur de son approche-, puis, continuant sa navigation, il mouilla le 13 août dans le port de Saint-Domingue.

Le gouverneur en grand cortège , accompagné de tous les fonctionnaires et des habitants notables, vint au devant de Christophe Colomb. L’empressement public l’entoura de marques de respect. Les gens de mer honoraient en sa personne le navigateur incomparable-, les Franciscains, le messager du Salut, le précurseur de leur prédication future. Le peuple saluait en lui la majesté du malheur ^ son infortune lui ramenait tous les esprits. Ce fut dans le palais du gouvernement qu’Ovando installa l’Amiral et lui donna des banquets et des fêtes.

1 Christophe Colomb. — « Qaien creyera lo que yo aqui escribo? Digo que de cien partes no he dicho la una en esta letra. Los que fueron con el Almirante lo attestigiien. » — Lettre aux Rois Catholiques datée de la Jamaïque, le 7 juillet 1503. — Dans leur traduction, MM. de Verneuil et de la Roquette, tous deux membres de l’Académie royale d’Espagne, disent : « Il est assez extraordinaire que Colomb parle ainsi de lui-même, » c’est-à-dire à la troisième personne. Ceux qui furent avec V Amiral peuvent l’attester. Nous sommes loin de partager l’embarras des deux traducteurs. Cette forme de langage, échappée a la plume de Colomb, nous est au contraire une preuve de sa sincérité. 11 avait écrit pour le Saint Père tous ses voyages, à la manière des Commentaires de César, c’est-à-dire à la troisième personne. En ce moment même il complétait son travail par l’histoire de sa quatrième expédition; et la force de l’habitude aura surpris une fois à sa plume, en écrivant aux Rois, celte forme de style qui ne leur était pas destinée.

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