LA MALADIE DE LA REINE EMPIRE
Mendez *, que l’Amiral avait fait capitaine de vaisseau, elle voulut l’élever à la noblesse, lui donner, avec des lettrespatentes, des armoiries qui perpétueraient l’image de son héroïsme.
Bientôt le changement des traits d’Isabelle inquiéta la cour entière. Néanmoins pour le traitement d’une maladie dont la cause était interne et organique, les consultations de la médecine furent toujours externes et verbales. Son indéfectible pudeur n’admit jamais l’emploi des explorations chirurgicales usitées et nécessaires dans sa position. Les ressources de l’art ne furent donc qu’accessoires. Sa maladie, une fois déclarée, dura cent jours sans interruption2.
La sollicitude des peuples pour leur souveraine fut extrême.- Les églises voyaient à toute heure la foule éplorée adresser ses prières au Ciel3. On s’imposa des jeûnes, on lit des neuvaines, on offrit le saint sacrifice, on répandit d’abondantes larmes , car la Reine, c’était l’honneur,
1 Veut-on savoir jusqu’où va chez une certaine école la force des préventions et l’excès de l’injustice contre le catholicisme? Diego Mendez en fournira la mesure. Voici comment est apprécié cet héroïque chrétien qui trois fois avait sauvé l’expédition dans le cours de cette campagne. Humboldt n’osant pas traiter de fou Diego Mendez, se contente de l’appeler « un homme bizarre. » Il le trouve bizarre! parce qu’il est admirablement singulier, et singulièrement sublime !— « Un homme bizarre, Diego Mendez, fidèle compagnon de l’Amiral, etc. » Humboldt, Examen critique de l’histoire de la géographie du Nouveau Continent ,
t. III, p. 239.
2 Histoire Palentine. — Par le continuateur anonyme de l’évêque Rodrigo Sanchez de Arevalo.
3 « Quibus diebus cum omnes suæ domus équités, sacerdotes, et totius Hispaniæ populi per omnes ecclesias sacrifions, orationibus, jejuniis et lachrymis pro ejus salute profusis Deum optimum maximum deprecarentur..., etc. » Lucius Marineus Siculus, Derebus Hispaniæ mémo*
rabilibus, lib. xxi.