DOULEUR PUBLIQUE
la gloire, la protection, l’espoir de chaque famille castillane. Elle personnifiait la délégation du pouvoir divin de la royauté. La puissance immaculée de son nom résumait l’autorité maternelle de la couronne. Isabelle, touchée de l’initiative de ses peuples, ne mit aucun obstacle à leur pieuse sollicitude ; mais , quand elle eut reconnu l’inefficacité de ces vœux, elle ne voulut point qu’on fatiguât le Ciel de supplications. Donnant l’exemple d’une entière résignation à la volonté de Dieu, elle ordonna la cessation des prières publiques pour sa guérison, voulant qu’on priât seulement pour le salut de son âme.
Comme il arrive souvent en pareil cas, à cette période, la maladie prit le caractère hydropique \ qui devient alors son mode de terminaison. La Reine éprouvait un dégoût invincible pour toute espèce d’aliments, et se sentait brûlée d'une soif inextinguible1 2. L’exacerbation des souffrances locales ne diminuait en rien les douleurs qu’elle éprouvait à toutes les articulations.
Trois jours avant sa mort, Isabelle ajouta un codicille à son testament, rédigé le 12 octobre précédent. Un sentiment de pudique sollicitude lui fit prévoir et interdire, pour son corps, les soins de l’embaumement préalable aux obsèques des souverains. Elle ne voulut pas que meme la mort put abroger cette loi de décence ombrageuse qui fut la chaste règle de sa vie. Son humilité défendit aussi de consacrer à sa sépulture aucun monument somptueux.
1 « Sparsus est illi humor per venas, paulatim labitur in hidropi-
siam. Nec deserit illam febris intra medulam jam delapsa. » Pétri
Martyris Anglerii, Opus Epistolarum, liber decimus septimus. Epist.