CCLXXIII
2 « Die noctuque perpetuum est potus immoderatum desiderium • cibi vero nausea. » — Pétri Martyris Anglerii, Opus Epistolarum . — ! Ibidem,
340 dernières dispositions de la reine.
Le bruit courait à la cour qu’Isabelle avait fait promettre au Roi de révoquer et de châtier Ovando , qui s’était baigné dans le sang des Indiens ; de protéger ces peuples lointains, qu’elle avait tant désiré ranger sous l’étendard de la Croix, et de réintégrer dans ses droits, ses titres et son gouvernement, le Vice-Roi des Indes, don Christophe Colomb. Ce bruit était parfaitement fondé. On disait même à Séville que la Reine avait parlé de Colomb dans son testament \ c’était là une erreur. Des motifs de prudence lui imposèrent un silence qui témoignait de son fidèle souvenir, loin d’accuser l’oubli. C’est dans l’intérêt même de l’Amiral qu’elle s'était abstenue de toute disposition en sa faveur. Déjà il avait assez d’ennemis ; elle redoutait pour lui l’animosité du Roi. Car l’absence de Colomb ne rassurait pas l’envie et ne ralentissait
point ses efforts.
Pendant qu’il exposait sa vie pour la Castille, au moment même où il s’échouait à la Jamaïque, les Rureaux de Séville, se sentant appuyés d’une haute influence, demandaient à la Reine, maintenant empêchée par sa santé, d’expédier aussi promptement qu’autrefois les affaires, de vouloir bien désigner auprès d elle quelqu un de confiance, auquel ils s’adresseraient pour ce qui touchait à l’administration des Indes et aux entreprises dans les mers d’Occident. Une lettre datée d’Alcala, le 5 juillet 1503 en réponse aux Rureaux de la marine, révèle les importunités et les obsessions des persécuteurs du grand homme Us présentaient des concurrents, des faiseurs d’entreprises en violation des droits et traités de l’Amiral. Sans les agréer, la Reine désigna pour recevoir les com-
. Cartas del Almirante D. Cristôbal Colon d su hijo D. Diego. - Leitre datée de Séville le vendredi 13 décembre 1504.
MOUT d’isabelle. 341
munications de ce genre, Ruyz de Castaneda, secrétaire de la chambre royale L
Enfin ses forces déclinant, Isabelle revêtit l’habit du tiers-ordre de Saint-François2, dont elle suivait la règle depuis plusieurs années, et reçut avec toute l’ardeur de sa piété le saint viatique. Elle fut douce envers la mort. La fermeté royale et la grâce féminine, l’accompagnant jusqu’ au bout , restaient encore unies à son clievet de douleur. L’accablement de ses membres, l’affaissement de tout ce pauvre corps. si secrètement torturé, ses paupières fermées rendaient son agonie semblable au sommeil de la tombe. On lui apporta les derniers secours de l’Eglise pour le soulagement des malades , l’extrêmeonction. Son immobilité était complète. Mais quand il s’agit de découvrir ses pieds pour l’onction sainte, un frémissement subit agita la mourante. La pudeur survivait à l’anéantissement; elle fit un geste, recouvra ses forces pour rabattre les draps, retirer et couvrir ses pieds3, qu’excepté son époux nul œil, pas même celui de ses femmes, n’avait aperçus dans leur nudité.
La lutte contre la destruction dura quelques heures
1 Coleccion de documenlos ineditos para la Historia de Espana. romo XIII, p. 496.
2 « Cujus corpus habitu sancti Francisci reconditum animam Deo eddidit. » — Lucius Marinus Siculus, De rebus Hispaniæ memorabi ibus, liber xxi, § de Isabelîæ reginæ morte.
3 « Non erit silentio prætereundum tantam fuisse in ea lionestitatis i et pudicitiæ copiam, quod et dum unctionem extremam reciperet, etsi i jam semianimis esset, pedem nudum in quo unctio poneretur, nulli
■ etiam aleuni familiari neque mulieri ostendi pateretur , etc. »
iistoria Palentina. — « Cuya honestitad fué tanta hasta que el anima t se le queria salir, que cuando le daban la extrema uncion no consin-
‘ üo Que le descubriesen el pié etc. » — Las cosas mémorables de
a Espana .