ANGOISSES DE L’AMIRAL
encore, et le mardi 26 novembre 1 \ 504, vers midi2, cette exquise essence de toutes les vertus s’exhala vers son Dieu.
Avec elle s’éclipsa la gloire et la félicité des Espagnes.
§ II
Pendant ce temps, une angoisse cruelle agitait l’Amiral: il frissonnait à l’idée de perdre cette Reine, qui était l’ame des découvertes, la patronne des Indes, la protectrice du vrai et du juste, l’image du beau et du bon, l’idéal de la supériorité royale. Il adressait à la sainte Trinité3 ses vœux pour la conservation des jours d’Isabelle.
Dès son arrivée à Séville , Christophe Colomb avait combiné un moyen d’aller à Medina-del-Campo. Hors d’état de supporter le pas du cheval et les intempéries de la saison, il imagina de s’y faire transporter à bras. Mais une chaise à porteur de dimension ordinaire n’aurait pu convenir à son état d’endolorissement; et, pour éviter les retards, il se résolut, tant était ardent son désir, à faire le trajet dans la litière d’un mort; celle où
1 « Obiit autem Hispaniarum maximum decus in oppido methyna campi, die vjgesimo sexto novembris anno millésime quingentesimo quarto. » — Lucii Marinei Siculi, De rébus Hispaniæ , lib. xxi.
2 « Obiit 1504 die 26 novembris inter undecimam et duodecimam prope meridiem. » — Apuntamientos de Pedro de Torres. Bibl. Real, n° 96, fol. 10. — Nous avons dû préciser minutieusement le jour et l’heure de cette mort, pour fixer l’incertitude qu’occasionnent les différences des dates attribuées à cet événement par des historiens accrédités. Lucius Marineus était chapelain du Roi, et Pedro de Torres, frère de dona Juaria, la nourrice de l’Infant, avait été secrétaire des Commandements de la Reine.
3 « Plega a la santa Trinidad de dar salud à la Reina nuestra senora. » — Carta de D. Cristôbal Colon â su hijo D. Diego . — En Sevilla lero de diciembre de 1504.