‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 281 sur 444 · LA LITIÈRE SOLLICITÉE · texte numérisé non relu

LA LITIÈRE SOLLICITÉE

l’on avait placé les restes du dernier archevêque, le cardinal don Diego Hurtado de Mendozza. L’Amiral pria le conseil capitulaire de l’ archevêché de Séville de vouloir lui prêter sa litière funèbre, puisque son état ne lui permettait pas un autre mode de transport. On voit dans les archives de la cathédrale qu’une séance fut tenue le 26 novembre 1504 par le conseil capitulaire, à l’effet de délibérer sur la demande de l’Amiral des Indes L Toutefois, malgré leur désir de l’obliger, comme la pauvreté notoire de l’Amiral ne rassurait guère MM. du chapitre contre les dégâts et détériorations que pourrait éprouver la litière dans les accidents de la route, le prêt du brancard mortuaire ne fut consenti qu’à cette condition que le juré de Séville, François Pinelo, trésorier de la marine, s’engagerait personnellement à faire rapporter ledit brancard à la cathédrale en bonne condition 1 2.

Colomb projetait alors de suivre la route bien plus longue, mais plus commode de laplata ou chemin d’argent, l’ancienne voie romaine qui de Mérida conduit à Salamanque. Cependant il ne put partir. L’aggravation de son état et la rigueur inusitée du froid l’empêchèrent de quitter son lit.

On sait par la correspondance même de l’Amiral que, chaque semaine , des messagers de la cour arrivaient à Séville. Néanmoins le 3 décembre, Colomb ignorait encore cette calamité, et préparait le départ de son frère don Bar-

1 « Este dia mandaron sus mercedes que se preste al almirante Colon las andas en que se trujo el cuerpo del senor Cardenal D. Diego Hurtado de Mendozza. » ■ — Archivo de la contaduria de la Santa Iglesia de Sevilla. — Coleccion diplomâtica, n° cliv.

2 « É se toma una cedula de Francisco Pinelo que asegure de las volver à esta iglesia, sanas. » — Archivo de la contaduria de la Santa Iglesia de Sevilla . — Coleccion diplomâtica, n° cliv.

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thélemy, de son fils Fernando et du zélé Carvajal. Il priait pour l’angélique souveraine, quand déjà elle avait dû toucher le prix céleste de ses œuvres royales.

Enfin il connut son malheur !

Qui dira le brisement de ce cœur héroïque et l’amertume de sa douleur sans nom ? Le père qui perd sa fille unique n’éprouve pas dans les entrailles un déchirement plus aigu. Pour peindre cette inénarrable affliction, il faudrait pouvoir mesurer dans sa sublimité cette attraction de deux âmes que la Providence avait prédestinées à élaborer la plus grande œuvre des races humaines. Par son immensité, la douleur de Colomb touchait à l’infini ; sa souffrance multiple était vaste comme l’esprit qui anima ce corps de Reine empreint d’une indélébile majesté. C’était le brisement d’une sympathie supérieure, enracinée dans la tendresse de l’âme, épanouie au souffle lyrique de l’enthousiasme pour la nature, fécondée par les splendeurs de la foi , et vivifiée dans le Christ, qui en était le principe, la sauvegarde et la fin immortelle.

L’homme qui avait doublé la Création, arpenté l’Océan, ne pouvait mesurer l’immensité de sa perte.

Son unique appui en ce monde venait de se briser. Il avait perdu plus qu’une protection, plus qu’une souveraine : il avait perdu son amie. Oui, la Reine aimait d’une filiale tendresse et honorait d’une respectueuse déférence l’homme que Dieu lui avait envoyé pour doubler l’espace de la Création. Isabelle retrouvait dans Colomb ses propres qualités, c’est-à-dire ses éminentes vertus. Elle admirait en outre cette modestie de Héros, cette simplicité de saint, cette naïveté d’enfant et de poëte, virginalement gardée chez le patriarche de l’Océan à travers les vicissitudes des ans et de ses travaux fabuleux. Elle aimait le contemplateur de la Création, qui pressentait les lois de la Nature,

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