PERTURBATION ATMOSPHÉRIQUE
Même les influences célestes parurent changées. Des intempéries excessives, de véritables désordres atmosphériques signalèrent cette époque de deuil et de lamentations. De noirs nuages voilaient l’horizon -, le soleil ne se montrait plus -, des pluies incessantes détrempaient les terres , détruisaient les routes , causaient des débordements. Toutes les plaines furent inondées et les semences pourries, ce qui amena une disette générale. Le cercueil de la Pleine, conduit à Grenade, conformément à sa volonté, faillit être emporté par les flots. Le chapelain du Roi, chargé de diriger le convoi funèbre, dit que de mémoire d'homme jamais pareil déluge ne s’était vu. Il avait plus d’une fois couru risque de la vie dans ce lugubre trajet1. Les lettres de l’Amiral mentionnent le mauvais état de la mer, qui retient les navires dans le port de San-Lucar et l’inondation éprouvée à Séville par le débordement au Guadalquivir 2. La misère , les dissensions , la famine, le relâchement de la justice, attestèrent bientôt que la Reine n’était plus. L’Espagne fut sur le point de tomber dans la confusion et son territoire de se diviser.
Mais nous devons nous restreindre à la partie de ces
événements qui touche l’Amiral.
1 Dans sa première lettre de l’année 1505, Pierre Martyr parle de cette perturbation générale de l’atmosphère : « Cœlorum ilia labiés inaudita. » — Pétri Martyris Anglerii, Opus Epistolarum, liber deei-
mus septimus. Epist. cclxxix.
2 « Unos navios detiene en San Lucar el tiempo » — « Pas agaas
han sido tantas aca que el rio entré en la ciudad. » Viernes tiece de diciembre de 1504. — Cartas de don Cristobal Colon a su hj D. Diego.
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