SOLLICITUDE DE COLOMB POUR SES MATELOTS
douze cents castillans sur la somme quil avait touchée à Saint-Domingue. En arrivant à Séville, dans sa première lettre, il recommandait vivement à la sollicitude des Rois, ces hommes dont la solde était arriérée, et le besoin extrême. Quelques jours après, il rappelait encore à la cour leur nécessité, leur dénûment. Le 28 novembre, il recommandait à son fils Diego de parler pour eux1. Sans crainte d’importuner par son insistance, le 1er décembre, il recommençait à écrire en leur faveur.
Comme les bureaux, malgré les doléances des marins et les instances de leurs familles, n’expédiaient point leur affaire, dans le moment où il ne pouvait envoyer que cent cinquante ducats à son fils, et lui recommandait de ménager parcimonieusement cette somme, il faisait encore, malgré sa propre gêne, une avance à ces ingrats. Et quand ces hommes, lassés de supplier en vain les bureaux sourds à leurs réclamations, se décident à s’adresser au Roi luimême, il leur donne une lettre pour l’archevêque de Séville; il charge son fils, son frère l’Adelantado, Alonzo de Carvajal d’aider de leurs conseils et de leurs démarches ces malheureux, « quoiqu’il s’en trouve parmi eux, dit-il, qui mériteraient plutôt des châtiments que des récompenses : cela s’applique aux révoltés2; » et il recommande à don Diego de les appuyer de tout son « pouvoir, parce que cela est juste , et que ce sera une oeuvre de miséricorde ; car jamais personne n’a gagné de l’argent en essuyant tant de souffrances et en s’exposant à de si
1 « Que proveyeran a lapaga desta gente pobre, que Dan pasado increibles trabajos, y les traido tan altas nuevas. » — En Sevilla à 28 de noviembre.
2 « Y ans! es razon ; bien que entrellos hay que mas merescian castigo ijue mercedes. Esto se diz por los alzados. » — Cartel de D. Cristôbal Coton à su hijo D . Diego, a 29 de diciembre de 1504,
l’amiral réclame en vain rock lui.
grands dangers et n’a rendu de si grands services1. » Là ne se borne point sa sollicitude : il s’occupe de faire lever les obstacles qu’apportaient les bureaux à l’expédition de toutes les affaires qui l’intéressaient, et il envoie lui-même à la cour les feuilles ordonnancées de payement
par son fidèle Diego Mendez.
Mais cette énergie de réclamation au nom de 1 humanité et de la justice ne pouvait être employée par lui à son propre égard -, il se bornait à rappeler ses services et les engagements de la couronne envers lui. Il avait fait tout ce que sa situation permettait de faire. Des son arrivée à Séville, il avait écrit aux Rois, pour annoncer son retour et prendre leurs ordres. Le roi Ferdinand dit a cette occasion à son fils don Diego, le garde du corps, les politesses les plus flatteuses , que, dans sa pureté de cœur, celui-ci crut sincères et les transmit à son père. Mais à son envoi, l’ Amiral avait joint un mémoire en forme de <c très-longue lettre » sur l’administration des Indes, où il exposait dans sa réalité la situation de la colonie, l’origine des maux et indiquait les remèdes à y apporter -, aucune réponse ne
fut faite à ce mémoire.
L’Amiral écrivit de nouveau, sans être honoré d’aucune
réponse.
Le 12 décembre, il adressa une nouvelle lettre au Roi. Il ne paraît point qu elle ait eu un meilleur sort que les précédentes.
Le malheur qui venait de frapper l’Espagne pouvait avoir fait perdre de vue ses missives. L’Amiral ne tira de ce silence aucune induction fâcheuse. Il écrivit lettre sur
i « Y ayudâ le todo lo que pudieredes que es razon, y obra de misericordia porque jamas nadie gano dineros con tantos peligros y penas y que ha\a fecho tan grande servicio como estas. » — Caria deD. Cris lobai Colon à su hijo D. Diego , a 29 de diciembre de 1504.