‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 293 sur 444 · INSUCCÈS I)E SES DÉMARCHES · texte numérisé non relu

INSUCCÈS I)E SES DÉMARCHES

rendus. Ferdinand lui répliqua d’une façon extrêmement polie qu’on ne pouvait l’oublier. Cependant la froideur de l’accent compensant l’affabilité des paroles, ses airs de monarque pris à dessein pour le maintenir dans une réserve circonspecte et prévenir toute question directe qui eût conduit à une franche explication, laissaient percer les véritables dispositions du Roi. Il parlait surtout à l’Amiral de sa goutte, de ses rhumatismes, lui recommandait avant tout de se bien soigner, lui indiquant des médecins, puis d’un geste gracieux lui faisait un salut de congé.

Si pareille façon de traiter en vieillard imbécile le Révélateur du Globe semblait à Ferdinand une facétieuse habileté , ce qu’elle avait de cruel dut profondément révolter le cœur de Colomb. Pour quelques jours il se tint dans la retraite, offrant à Dieu ces secrets outrages ; puis il essaya de mettre en peu de lignes sous les yeux du Roi Pobjet de sa réclamation.

Dans sa lettre, loin de se sentir embarrassé par l’insouciance presque dédaigneuse que lui montrait la Cour, l’Amiral, qui toujours évitait de rappeler le caractère surhumain de sa Découverte et les faveurs dont le Seigneur l’avait privilégié, cette fois parle haut et fort à son maître terrestre. 11 appelle par leur nom les choses qu’on feint d’ignorer. La mémoire des prodiges accomplis, la conscience de ses droits violés, le sentiment de la justice révoltée impriment à son style une force intérieure et contenue, indépendante des expressions, des formes de la phrase, vigueur que la traduction ne peut rendre. Voici comment débute cette lettre, grande de laconisme et d’énergique simplicité :

« Très-puissant Roi,

(c Dieu Notre Seigneur m’envoya miraculeusement ici

Page 1