SON DERNIER CODICILLE
Pour bien apprécier le sens des paroles courtes et sousentendues de Colomb au sujet de Beatrix Enriquez, la rectification de cette date est indispensable -, car Tintervalle qui sépare la date du testament de l’acte de dépôt rend inadmissible l’interprétation injurieuse donnée aux regrets qu’exprima l’Amiral.
Maintenant, après avoir rétabli les dates dans leur ordre, réintégrons les faits dans leur place, et restituons aux paroles testamentaires leur véritable sens.
Dans son dernier codicille du 1er avril 1502, recopié de sa main 1 le 25 août 1505, et déposé en forme légale seulement le 19 mai 1506, le Vice-Roi des Indes s’occupait en effet de sa compagne, toujours délaissée, Beatrix Enriquez. Mais, loin d’accuser, comme on l’a dit, un remords, son souvenir nous révèle une délicatesse de cœur.
On se rappelle dans quelles circonstances se conclut le mariage de Christophe Colomb avec cette noble Cordovane. Malgré sa haute naissance, Beatrix, en sa fleur de beauté, avait épousé Colomb déjà blanchi, étranger, pauvre, inconnu, repoussé à cause de l’incroyable grandeur de ses vues, n’apportant en patrimoine de son génie qu’un projet rejeté par trois gouvernements, ne rencontrant au lieu d’appui que l’incrédulité et le persiflage. Elle avait affronté l’opposition de sa famille, de ses amies, l’opinion du monde, bravé le ridicule, se faisant une secréte joie de chacun de ses sacrifices -, et cependant, pour lui en témoigner sa reconnaissance , Colomb , peu après son
1 « El ténia escrito de su mano é letra un escrito que ante ml el dicho Escribano nostro é présenté que dijo que estaba escrito de su mano é letra, é firmado de su nombre, etc... » — Déclaration du notaire royal Pedro de Hinojedo au sujet du testament olographe que déposait, en ses mains , l’Amiral des Indes . — Coleccion diplomâtica, docunn, n° CLviii.