‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 316 sur 444 · DERNIÈRES VOLONTÉS DE COLOMB · texte numérisé non relu

DERNIÈRES VOLONTÉS DE COLOMB

mières années de son séjour en Portugal. Comme plusieurs d entre eux avaient cessé de vivre, il reporta sur leurs enfants ou leurs héritiers cette preuve d’affectueuse mémoire. Il ajouta une note à son testament; et de sa propre main écrivit, séance tenante, l’indication des petits legs qu’il entendait leur faire.

Ainsi l’Amiral laissa aux héritiers de'Geronimo del Puerto, père du Chancelier de Gênes, vingt ducats d’or; à Yazo Antoine, marchand génois, établi à Lisbonne, deux mille cinq cents réaux de Portugal; aux héritiers d’un autre marchand génois, Louis Centurion Escoto, soixantequinze ducats d’or; aux héritiers du Génois Paul de Negro, cent ducats d'or; à un pauvre juif de Lisbonne qui demeurait près de la porte de la Juiverie, un demi-marc d’argent.

En outre, par une généreuse délicatesse d’intention, le testateur voulut que ces legs fussent acquittés intégralement, et remis à leurs destinaires respectifs, sans qu’aucun d eux pût savoir à quel titre et de quelle part leur irrivait cette bonne aubaine 1 .

Après qu’il eut remis au notaire du Roi l’acte de ses lernières volontés, Colomb sépara complètement sa pensée le celle de la terre, cessa de participer aux intérêts du nonde et de la famille, pour ne plus converser qu’avec es deux.

Suivant une loi générale de la physiologie et de l’hisoire humaine, les choses tendent à finir de la même madère qu’elles ont commencé. Le mystère qui nous dérobe ’origine de Christophe Colomb vient entourer sa tin. Peu le détails nous ont été transmis sur cette existence sans

1 « Hâsele de dar en tal forma que no sepa quien se los manda de ar. » — Memoria 6 apuntacion d continuacion del codicilode mano iropia del Almirante. — Coleceion diplomatiea. Docum. n° clviii.

l’auberge de valladolid.

égale parmi les hommes. Le savant chanoinecle Plaisance, Pietro Maria Campi, était parvenu à recueillir, sur la fin de ce Héros chrétien, des notions exactes, qu'il se préparait à publier, quand de sa rude visite la mort vint interrompre son travail. Dans ce qu’il avait pu se procurer touchant les derniers moments du Révélateur du Globe, il trouvait l'assurance que sa mort fut celle d’un prédestiné, le digne couronnement d’une vie d’apôtre et de martyr1.

Néanmoins, en l’absence de documents détaillés sur la dernière phase de cet astre lumineux dans la sphère des intelligences, il est pourtant possible d’en retracer assez exactement les circonstances les plus saisissantes.

On devine ce que devait être, à cette époque, une hôtellerie en Espagne. Il est aisé de se représenter cette chambre d’auberge où gisait l’Amiral de l’Océan sur son lit de souffrances. Les murs nus n’avaient pour ornement que ses fers, qu’il gardait toujours suspendus devant lui dans son cabinet 2, comme autrefois les généraux de Rome, les triomphateurs, conservaient les couronnes civiques et murales obtenues en prix de leur courage. Ses chaînes étaient l’unique récompense qu’il eut reçue du monde. Là, celui qui avait reçu tant de faveurs divines, que Dieu avait suscité pour lever le voile qui dérobait à l’humanité le reste du Globe, gisait oublié des grands, du peuple, et en proie aux déchirements par lesquels s’opère la décomposition de

1 « Vi si adopté egli di sorte con ogni maggior patienza e caritâ, che fece l’ufïïcio d’apostolo, la vita di un martire, e la morte alla fine da un vero confessore di Christo. » — Pietro Maria Campi, delV Iiistoria Ecclesiastica di Piacenza parte terza, p. 225.

2 « Egli havea deliberato di voler salvar quei ceppi per reliquie i memoria del premio de’ suoi molti servigii, si corne anco fece egli...,. » — Fernando Colombo, VitadelV Ammiraglio, caç. lxxxvi.

Page 1