‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 32 sur 444 · PERMIS DONNÉ AUX VRAIS CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

PERMIS DONNÉ AUX VRAIS CHRÉTIENS

qu’aînsi réconciliés avec Dieu, leurs travaux seraient bénis et ils obtiendraient plus abondamment les biens temporels1. Christophe Colomb n accorda de permis pour 1 oxploilation des mines, qu’à ceux dont la régularité de mœurs était attestée par les prêtres ou religieux de la colonie.

Cette mesure irrita au plus profond du cœur les hautains et querelleurs hidalgos, ravisseurs de femmes, tyrans des Indiens, qui n’avaient pu s’embarquer avec le Commissaire royal Àguado. Us avaient espéré qu’en l’absence de 1 Amiral, son frère l’Adelantado, moins scrupuleux, leur accorderait l’autorisation d’aller aux mines; mais don Barthélemy faisait strictement exécuter les instructions du Vice-Roi.

La déception s’aggravait maintenant de la détresse ; et le mécontentement s’ulcérait de jour en jour, à mesure que les habits tombaient en lambeaux. La négligence parfaitement calculée des bureaux de la marine atteignait ainsi son but. Empêcher le ravitaillement de l’Espagnole, c’était amener la révolte en donnant à la force du nombre l’appui de la misère et du désespoir. On se flattait en aigrissant les esprits, en exaspérant l’orgueil castillan de rendre impossible le gouvernement de FAdelantado. Mais don Barthélemy Colomb valait à moitié son frère. La multiplicité des embarras et des périls n’amenait pour lui

1 « Ceste saincteté toutefois n’étoit pas agréable à tous. Car quant « aux femmes, aucuns disoient qu’ils en étoient plus séparés que les « Indiens, parce qu’elles étoient en Espagne; et quant aux jeûnes, que w plusieurs chrétiens mouroient de faim et ne mangeoient que racines « et autres mauvaises viandes. Et touchant la confession, que l’Église « ne les contraignoit qu’une fois l’an, à Pâques. Que Dieu ne leur de- « mandoit davantage, et qu’il devoit suffire à l’Amiral. « — Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes , livre V, chap. in. Traduction de Jean Poleur, valet de chambre de François 1er.

l’état de xaragua.

qu un redoublement d’énergie et d’activité. Partout où il portait sa présence, l’obéissance ne pouvait manquer. Ainsi nonobstant la pénurie, le mauvais vouloir général, une forteresse avait été construite près des mines d’Hayna, et nommée Saint- Christophe. Une autre forteresse plus vaste avait été élevée sur la rive droite de l’Ozama et nommée Saint-Domingue*, des maisons régulièrement alignées s’étaient groupées sous la protection de ses remparts, et formaient une ville devenue le siège du gouvernement. Ceci s’était exécuté conformément aux instructions de l’Amiral apportées de Cadix par le pilote Per Alonzo Nino, qui à son retour avait amené en Castille les trois cents prisonniers de guerre indiens, qu’il appelait naïvement un chargement d’or, en songeant au produit de leur vente.

Toute la partie de l’île visitée par les Espagnols pouvait

être considérée comme soumise. Mais la partie la plus occidentale, également éloignée d’Isabelle et de Saint- Domingue par une étendue de forêts et de montagnes de plus de soixante lieues, l’État de Xaragua gardait son indépendance. Ce royaume, sur lequel régnait le grand Cacique Behecbio, n’attaquait ni ne reconnaissait l’autorité castillane. Depuis l’enlèvement du fier Caonobo, sa femme, la célèbre « fleur d’or, » Anacoana *, s’était retirée auprès de son frère Behechio, sur lequel sa bonne grâce et sa grande supériorité d’esprit lui donnaient de l’ascendant. On attribuait l’immobilité du Cacique aux influences de la Beine Anacoana, que ses inclinations

1 Nous conformant à l’orthographe généralement adoptée, nous avons appelé Anacoana cette reine célèbre ; mais son nom devrait s’écrire comme on le prononçait : Anacaona, qui signifiait « fleur d’or » dans l’idiome indigène; et se composait des deux mots : Ana « fleur » Caona

« or fin. »

VOYAGE DE l’âDELANTADO. 39

élevées disposaient favorablement pour les Espagnols. Néanmoins, Don Barthélemy crut devoir ne pas di Itérer plus longtemps à soumettre ce royaume, le seul qui n’eût point encore reconnu la suzeraineté delà Castille. À l’avantage de ne pas laisser un tel exemple d’indépendance devant les Caciques soumis, se joignait l’occasion d’occuper utilement et d’entretenir dans la discipline des hommes que corrompait le désœuvrement et qu’aigrissait l'horreur des travaux manuels. L’Adelantado marcha vers Xaragua prêt à la guerre, sans la désirer, et sous l’apparence d’une excursion topographique. Behechio, très-susceptible dans son orgueil, au premier avis de cette visite mit sur pied environ quarante mille hommes qui, fractionnés en cohortes, et protégés par l’épaisseur des halliers, suivaient sans être aperçus la marche des Espagnols. Mais bientôt, d’après les conseils de sa sœur, la célèbre « lleur d’or, » il rappela ses troupes.

La reine Anacoana n’était pas seulement le premier poète de Elle ; elle en formait encore la poésie la plus suave. Sa personne, sa vie, ses conceptions tenaient de l’enchantement. Elle était inspiratrice avant d’être inspirée. On lui devait des ballades et des ballets; des poésies parlées et chantées, enrichies de pas chorégraphiques, rehaussés d’une pantomime savante. Le crédit littéraire d’Anacoana rendait nationaux les areytos de son invention ; et tous les souverains de l’île se trouvaient tributaires de sa choré-

graphie. Beine de la langue, du cérémonial, des jeux et des plaisirs, elle avait fait adopter l’étiquette de sa cour, mis à la mode ses parures, ses meubles, ses fleurs préférées. Son palais regorgeait d’ustensiles élégants, de co-

Page 1