‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 33 sur 444 · LA REINE POÈTE · texte numérisé non relu

LA REINE POÈTE

quettes frivolités, d’instruments fragiles, petits chefsd’œuvre de l’art indigène. C’étaient des paniers tressés à jour, des calebasses ciselées ou peintes, des étoffes teintes de vives couleurs, des sièges souples et légers, des hamacs aériens, de fabuleux éventails, des masques ornés d’or, des parures en coquillages. Anacoana ne recherchait pas moins le confort que l’élégance. Elle avait une sorte de service de table* des nappes fines de coton émaillées de fleurs, et des espèces de serviettes en feuilles odorantes1.

Temple du goût toujours ouvert à l’invention, le palais d’Anacoana emhaumé de senteurs, peuplé d’oiseaux familiers, de jeunes et folâtres vierges, résonnait fréquemment de sons harmonieux. L’influence d’Anacoana sur tous les souverains2, la prépondérance de ses idées prouvent de reste qu’au milieu des ébauches littéraires, des ingénieux colifichets que patronnait son goût inventif, il existait en elle des qualités hautes et solides. Chez ces peuples où le respect de la coutume devient une religion, son désir des choses nouvelles, joint à sa réussite dans les nouveautés, indiquait une précision de coup d’œil, un facile maniement des esprits, preuve d’une supériorité non douteuse. Le gracieux génie de cette Reine la portait naturellement sur les voies de la civilisation. Sa fécondité de conception paraîtra singulièrement hardie si Ton songe à son isolement d’intelligence.

Nous ne pouvons parler de cette femme qui présentait l’individualité la plus remarquable d’Haïti, sans rendre justice à ses talents, à sa grandeur relative, aux sympathies qui l’attiraient vers ces étrangers, déjà devenus un sujet d’inquiétude et d’effroi pour le reste des seigneurs

1 Ramusio, Délie navigationi e viaggi, Raccolte , vol. III, fol. 9.

* Émile Nau, Histoire des Caciques d'Haïti, ouvrage composé à Saint-Domingue et imprimé à Port-au-Prince, en 1855, in-4.

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