HONNEURS RENDUS AUX CENDRES DE COLOMB
partie du cortège. Le cercueil, porté tour à tour par les membres les plus qualifies de la colonie, fut processionnel lement conduit a 1 embarcadère au chant des hymnes et au bruit des salves des remparts, auxquels s’unissaient les navires de la rade, leurs vergues en berne. Arrivé hors des murs de Saint-Domingue, le cortège fit une halte. Le clergé chanta ses dernières prières en vue de la Mer, sur la rive de l’Ozama; et durant ce temps la citadelle salua le cercueil de quinze coups de canon comme pour un amiral en exercice. Au moment où le cercueil fut déposé dans la chaloupe qui l’allait transborder sur la Découverte, l’Archevêque remit au commandant général la clef du cercueil '.
En présence de la foule accourue au bord de l’Ozama, la Découverte mit à la voile et se dirigea sur la baie d’Ochoa, où était mouillé le vaisseau le San Lorenzo , qui en recevant ce dépôt précieux appareilla incontinent et mit le cap sur la Havane. Il y arriva le 15 janvier 1796. Là, de nouveaux honneurs attendaient les restes du Héros des mers.
On les reçut avec tout l’appareil possible. Trois rangées de felouques et de canots les accompagnèrent au port, au bruit des salves de toutes les batteries de la côte et des vaisseaux de guerre. Le gouverneur général de Cuba et tous les fonctionnaires supérieurs de l’île vinrent sur la jetée recevoir le cercueil et le porter, au milieu d’une double haie de troupes, jusqu’à la Grande-Place, où l’attendait un riche corbillard. On le déposa là un instant dans un cénotaphe, pour en opérer la remise entre les mains
1 « En seguida el gobernador eapitan general tomo la Hâve del ataud de mano del Sr Arzobispo y la entrego al Sr comandante de la armada para que la entregase al Sr gobernador de la Habana. » — Coleccion diplomdtica , n° clxxvii.
du gouverneur général à qui l’on en donna la clef. Une sorte d’émotion chrétienne agitait toutes les poitrines. Le procès-verbal de la cérémonie constate avec intention que ce fut sur cet emplacement qu’avait été célébrée la première messe lors de la fondation de la ville '. On s’achemina processionnellement vers la cathédrale -, l’archevêque y oflîcia pontillcalement, puis les dépouilles mortelles furent déposées près du grand autel, dans le sanctuaire à droite, en présence de toutes les notabilités de l’île et dans un sentiment de respect religieux.
Qu’on ne s’y trompe pas :
Cet appareil guerrier et religieux, ce concours inaccoutumé des populations, ce pieux empressement des troupes de terre et de mer, des autorités civiles et des corporations ecclésiastiques était moins un témoignage de reconnaissance rendu à la Découverte de ces contrées, qu’un hommage offert à la mémoire du Héros chrétien qui, <( après avoir découvert cette île, y avait le premier arboré l’étendard de la Croix et répandu parmi les indigènes la Foi de Jésus-Christ1 2. »
A ses exhumations successives, on voit que les vicissitudes de Colomb, l’agitation de sa destinée ne furent pas terminées par la mort, ce refuge de l’éternelle immobilité pour le commun des hommes. Ainsi qu’il avait quatre fois demandé un asile à la famille Franciscaine, ainsi qu’il
1 « Delante del obelisco donde se célébré la primera misa en aquella ciudad. » — Extracto de las noticias que comunicaron al gobierno los Gefes y autoridades , etc.
2 « En prueba de la alta estimacion y respetuosa memoria que hacian del Héroe que habiendo descubierto aquella isla planté el primero alli la senal de la Cruz, y propagé entre sus naturales la Fé de Jesu Cristo. »> — Extracto de las noticias que comunicaron al gobierno los Gefes y autoridades , etc. — Coleccion diplomâtica, n° clxxvii.
rapprochement curieux.
ti v ai t exécute quatre expéditions de Découvertes, son corps fut envoyé quatre fois à la recherche d’une sépulture définitive. Ne dirait-on point que le prodigieux lui survit au delà du tombeau, comme s’il devait ne pas xessembler au reste des mortels môme dans la mort!