‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 327 sur 444 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De l'erreur systématique et de l’erreur traditionnelle des biographes de Colomb.— De la vie privée de 1 Amiral. — Sa science, son style, son amour de la nature. — La vie publique de Colomb, modèle pour les administrateurs. — Caractère pi ovidentiel de Christophe Colomb. — Sa mission chrétienne, scs relations avec l’Église. — Scs affinités spirituelles. — Du merveilleux et du mythique dans le sérieux de sa vie officielle. — La légende de S. Christophe. — Rapports de Colomb avec les patriarches, les prophètes, les apôtres. — Parallèle de Moïse et de Colomb. — De la sainteté de Christophe Colomb. — Témoignage que rendit le Irès-Haut à son messager. — Miracles publics d’une Croix plantée par ce grand serviteur de Dieu.

Jusqu’ici, sans nous arrêter à l’examen philosophique des faits accomplis par Colomb , nous avons simplement raconté, en les abrégeant, les principaux événements de sa vie. Maintenant portons un regard sur l’ensemble de cette vaste existence qu’il nous a fallu si brièvement résumer.

C’est en vain que nous tenterions d’appliquer à Christophe Colomb les principes récents de l’école rationaliste pure, formulant sa théorie de la philosophie de l’histoire, et de renfermer nos appréciations dans les règles systématiques de la biographie moderne également inspirées de ses influences.

La vie de Colomb est le renversement complet de ces données pédantesques , impérieusement imposées par l’école rationaliste pure à ces écrivains qui s’estiment phi-

*06 DE l’opinion DE NAVARRETE SUR COLOMB.

losophes par cela qu’ils sont pesants, dépourvus de hardiesse , qu’ils procèdent toujours par voie de négation , n affirment jamais et se sont voués au doute à perpétuité. L’histoire réelle de l’inventeur du Nouveau-Monde ne saurait se rapetisser jusqu’à tenir dans ce système philosophique de biographie, véritable lit de Procuste, à la mesure duquel toutes les conditions humaines doivent se réduire, fût-ce au prix des plus cruelles mutilations de la vérité et de la dislocation des événements les mieux établis de l’histoire.

Nous ne pouvons admettre l’opinion de Navarrete basée sur cette théorie, lorsque jugeant Colomb, il nous dit que « ses défauts furent le propre de la nature et de la fra- . gilité humaine, et probablement le résultat de l’éduca- « tion qu’il reçut , de la carrière qu’il embrassa et du « pays où il naquit, pays où le trafic et le négoce1 for- « maient la principale branche de la richesse, soit publi- « que, soit particulière2. « Nous ne croyons pas à cette transmission originelle des qualités ou des vices d’une nation chez les particuliers qui la composent. Car alors chaque membre de 1 agrégation serait également empreint du même caractère et des mêmes prédispositions. L’expérience dément cette ineptie qui voudrait se donner des airs de doctrine et de supériorité. Aucun instinct de trafic, aucune habitude de change et de comptoir ne se laisse deviner dans les actes administratifs de Colomb.

1 Navarrete suppose chez Colomb l’instinct mercantile, cette finesse génoise, proverbialement renommée, dont parle Humboldt; mais Colomb n’a jamais commercé, spéculé ou possédé, et dans aucun acte de sa vie il ne descendit jusqu’à la finesse; car au fond, la finesse n’est que la ruse doublée d’esprit; et ni la ruse ni la souplesse ne sont, à vrai dire, l’armure des forts: Armatura forlium.

2 Navarrete, Coleccion de los viages y descubrimientos que hicieron por mar los Espanoles, etc. — - Introduccion, § lvii.

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