‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 328 sur 444 · DE L’OPINTON DE WASHINGTON IRVING · texte numérisé non relu

DE L’OPINTON DE WASHINGTON IRVING

Nous n'acceptons pas davantage l’opinion de Washington Irving , formulée d’après le môme système 1 : « Les « hommes distingués sont un composé de vertus et de (ai- « blesse. Leur grandeur vient en grande partie de la « lutte qu’ils soutiennent contre les imperfections de leur « nature ; et leurs actions les plus nobles jaillissent quel- « quefois du choc de leurs qualités opposées 2. »

Dans ce système, on ne pourrait jamais écrire la vie d’un saint, surtout s’il fut homme de genie, s il pensa ou agit dans des circonstances critiques et sur une scène

élevée ; car il dut avoir nécessairement des faiblesses ,

montrer des défauts , puisqu il faut absolument que l’homme, par cela qu’il est homme , nous offre un mélangé de vertus et de faiblesses. L’ecole de la philosophie de l’histoire n’admet pas qu’un homme soit jamais différent des autres, quant au fond de son caractère également composé de vertus et de défauts*, seulement ses qualités bonnes et mauvaises sont plus prononcées les unes que les autres, suivant les traits qui distinguent son individualité. Ainsi, ne pouvant expliquer humainement la sublimité du langage de Colomb, dans sa vision sur les côtes de Veragua, étonné de la majestueuse diction du vieux marin , plutôt d’y reconnaître la grandeur de son âme chrétienne, Humboldt ose avancer l’étrange opinion que

1 Washington Irving, Histoire de la vie et des voyages de Christophe Colomb y t. IV, ch. v, p. 41.

2 C’est-à-dire, en d’autres termes, que leur mollesse crée leur éneigie; leur faiblesse, leur bravoure ! comment le choc des qualités opposées aux nobles actions, et devant dès lors produire des vices, obtient-il la veitu, la grandeur, le sublime? C’est ce que nous défions tout homme vivant de nous expliquer. Considérez à quelle hauteur d absuidité peut atteindre ce moderne système de biographie. Voilà pourtant de quelles inepties ge payent les adeptes de l’école rationaliste.

Wm

HH

DE L ERREUR systématique

voici : « L’éloquence des âmes incultes jetées au milieu d une civilisation avancée est comme l’éloquence des temps primitifs. Lorsqu’on surprend des hommes supérieurs et d une forte trempe de caractère, mais peu familiarisés avec les richesses d’une langue dont ils se servent dans un de ces élans passionnés qui , par leur violence même , s opposent au libre travail de la pensée , on leur trouve cette teinte poétique du sentiment qui appartient à l’éloquence des premiers âges 1 . » D’où il suit logiquement que tout homme fortement trempé et peu familiarisé avec l’espagnol aurait aussi, dans un cas semblable, tenu le sublime langage de Colomb !

Le plus récent écrit publié en France sur Christophe Colomb contient la preuve de cette façon systématique d apprécier les hommes. Dans une Notice largement développée et remarquable d’érudition , le savant directeur de la Nouvelle Biographie Générale, M. le docteur Hoefer, dit : « Les grands génies, comme les autres mortels, tiennent, avant tout, de l’homme et de leur époque • ce sont les historiens qui, jugeant le passé à travers le prisme du présent, nous en donnent une fausse idée. C’est ainsi qu’ils nous représentent Colomb comme inspiré par la gloire de servir 1 humanité ; tandis qu’une pareille ambition ne lui était jamais venue à l’esprit, pas plus qu’à Gutenberg, son contemporain, qui, avec Schœffer et

Faust, vendait pour des manuscrits les premiers livres imprimés.

« Colomb, avant de franchir l’Océan, eut d’abord soin de stipuler, pour lui et ses héritiers, des conditions vraiment royales : voila de 1 homme. Il eut ensuite à cœur de porter la foi catholique jusqu’aux antipodes et d’arracher

Humboklt , Examen critique de l'histoire de la géographie du Nouveau Continent , t. 111, p. 240, 241.

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