INQUIÉTUDE DU GRAND CACIQUE
de l’île. Aussi le cruel calomniateur d’Anacoana, Oviedo, est-il forcé à cet aveu : « Au reste, elle était de grand esprit, et savait être servie, révérée et crainte de ses gens1. Après la mort de son frère et de son mari, elle demeura obéie et vénérée autant ou plus qu’eux-mêmes. » lin membre de la compagnie de Jésus, écrivant d’après des notes rédigées à Saint-Domingue, s’exprime ainsi : « C’était une femme d’un génie beaucoup au-dessus de son sexe et de sa nation-, il s’en fallait bien qu’elle eût épousé les sentiments de son mari contre les Espagnols. Elle les estimait et souhaitait fort de les avoir pour voisins2. » Le protonotaire apostolique, Pierre Martyr d’Anghierra, les historiographes royaux d’Espagne, lïerrera etMunoz, avouent le génie et l’éminente supériorité d’Anacoana3. Tous les écrivains, d’accord sur son élévation de pensée, reconnaissent avec le docte secrétaire du sénat de Venise, Giambattista Ramusio, qu’elle joignait à la grâce, le génie, le charme et l’autorité4.
Lorsque don Barthélemy fut arrivé dans la partie du royaume de Xaragua où l’attendait Behechio, à la tête d’un détachement considérable, le Cacique lui demanda dans quel but il s’avançait sur son territoire. L’Adelantado l’ayant assuré de ses intentions pacifiques, le Cacique expédia des coureurs à sa sœur, pour lui annoncer la visite de l’Adelantado et lui donner le temps de faire ses prépa-
1 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes occi* dentales, liv. V, chap. m. Traduction de Jean Poleur.
2 Le P. Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue, liv. II, p. 147.
3 Ces deux historiographes l’appellent : « La insigne Anacoana
Muger prudente y entendida Famosa heroïna, etc. » — Herrera,
liv. III, chap. vi. — Muîioz, tomo I, lib. VI, § G, § 10, § il.
4 « Alla bellezza s’aggiungeva l’ingegno e piaccevolezza per le quali cose era di tanta autorita che la governava, etc. » — Ramusio, Delle navigazione viaggi , Raccolte) vol. III, fol. 9, verso.