DE L’HISTORIEN OVIEDO
choses qui convinssent au bon gouvernement d’icelles; et qu’il a eu en soi toutes les manières défaire que doivent grandement estimer ceux qui ont charge et gouvernement d’hommes.
« Car il étoit fort dévot, bon chrétien, grand aumônier, pitoyable aux pauvres, deux et courtois envers tous; mais envers les éhontés et irrévérents tenoit telle rigueur qu’il falloit. 11 favorisoit aux humbles et nécessiteux ; il se montroit sévère aux superbes et hautains comme il étoit requis. 11 châtioit les transgresseurs des lois royales avec la tempérance et modération qui étoit requise. Si que gouvernant ainsi cette île en bonne justice, étoit aimé et craint de tous. Aussi favorisoit-il grandement aux Indiens, et traita comme père tous les chrétiens qui suivoient l’art militaire sous sa charge.
« Il enseignoitet donnoit à tous exemple de bien vivre, comme un chevalier religieux de grande prudence et savoir, de sorte qu’il tint le pays en grande paix et repos1. »
Quand on trouve « bon chrétien, grand aumônier, pivable aux pauvres, doux et courtois envers tous » un élérat de cette trempe, on doit, par opposition, se moner sévère et même injuste envers le juste. Qui louange crime triomphant ne peut applaudir la vertu opprimée. Nos lecteurs n’ont pas oublié les procédés astucieux Ovando à l’égard de Colomb, après son échouage à la maïque, et les outrages dont il l’abreuvait tout en le ^eant chez lui, pour se concilier l’opinion de la colonie, l’avait indigné son retard à le secourir. Oviedo cache
1 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes, liv. III, ip. xu. — Traduction de Jean Poleur, valet de chambre de Frans 1er.
418 DE l’opinion de navarrete
les offenses qu’eut à supporter l’Amiral ; et nous montre le Commandeur lui faisant fête jusqu’au moment de son départ
Le dernier et le plus violent des calomniateurs de Colomb, en Espagne, don Martin Fernandez de Navarrete, fait aussi l’éloge de Bobadilla ; et, pour accréditer l’opinion d’Oviedo, s’appuie du témoignage de Las Casas, qui déclare n’avoir jamais ouï dire de lui « chose déshonnête ou qui sentît l’avarice, ni même après sa déposition et sa mort 2. » Puis, il torture le sens d’Oviedo pour accuser Colomb de fautes cachées ! qui motivaient secrètement la punition que lui infligeaient les Rois. Et il dit que les Rois l’avaient traité avec faveur et lui avaient fait grâce! Peuton pousser plus loin l’impudence et la haine?
Oviedo ne parle ni de faveur, ni de grâce 5 et s’il rapporte l’opinion des ennemis de l’Amiral, il ajoute, du moins, comme correctif : « Le plus certain de tout, c’est que jamais on n’a eu faute de murmurateurs et envieux en ce monde , principalement en cette terre tant éloignée de son Roi3. » Navarrete fait un grief à Colomb de s’être approché de Saint-Domingue à son quatrième Voyage , quand il cherchait à réparer ou échanger le Galicien contre un autre navire. Il dit : « Colomb, malgré cette insinuation de Leurs Altesses , insinuation qu’elles lui avaient faite avec tant de douceur et seule-
1 Voici les propres paroles d’Oviedo. — « Llegado el Almirante à esta ciudad de Santo-Domingo estuvo algunos dias descansando aquî. \ festejôle el comendador mayor y tuvole en su posada, fasta que despues se partiô el Almirante en los primeros navîos que fueron â Espana. — — Oviedo y Valdez, la Historia naturel y general de las Indias, lib. III, cap. îx.
2 Las Casas, Historia general de las Indias, lib. II, cap. \i.
3 Oviedo y Valdez, Histoire naturelle et générale des Indes, liv. III, ehap. vi.