GRANDEUR DE COLOMB AVOUÉE DES HISTORIOGRAPHES
Toutefois , la pureté suprême de Colomb , ce qu’offre d’étrange et de quasi surhumain son rôle ici-bas, son influence sur les nouvelles destinées de l’Espagne, a frappé ces hommes prévenus; et les amène à confesser que l’antiquité eût élevé des temples à ce demi-dieu qui avait découvert le Nouveau-Monde. La vérité leur a surpris cet aveu : qu’il méritait une statue d’or massif1 celui qui venait d’ouvrir ainsi les voies à l’Évangile. Sans oser le déclarer hautement, ils ont reconnu l’apostolat de Christophe Colomb.
Ce silence honteux , cette préméditation des écrivains contre une gloire immortelle nous impose le devoir d’exposer, au grand jour, ce qu’ils espéraient nous cacher; de reconnaître authentiquement le caractère spécial de Colomb ; d’établir, une fois pour toutes, le^rôle qui lui fut assigné, la destination providentielle de son mandat, et de signaler les marques de faveur céleste par lesquelles cet homme exceptionnel se distingua du reste des hommes.
§ III
Par sa grandeur morale, la personne de Colomb ne fut pas inférieure à son œuvre.
Sans nous arrêter à ce qu’offre de mythique et de surhumain cette vaste existence, considérons sa mission providentielle. Et pour mieux juger de la vie publique de Colomb, examinons d’abord en lui l’homme privé. Pénétrons dans l’intimité du foyer; pour un instant, retour-
1 « Pour avoir, écrivait d’Hispaniola l’historiographe Oviedo, apporté la foi catholique ici où nous sommes et par toutes les Indes où, par la grâce de Notre-Seigneur, la religion chrétienne croit de jour eu jour. » — Histoire naturelle et générale des Indes, liv. VI, ehap. vin.