‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 366 sur 444 · SAINT CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

SAINT CHRISTOPHE

L’hagiographie nous apprend ceci :

Oferus, Syrien de naissance, était un païen de stature athlétique, une sorte de Goliath fier de sa force et ne voulant servir que le plus puissant Roi de la terre. Devenu chrétien à la vue d’un miracle, dans l’ardeur de sa foi, il ne voulut plus d’autre nom que celui de Porte-Christ {Chi'istophorus) . Saint Babylas, évêque d’Antioche, l’admit au baptême. Christophore publia la parole du Christ dans son pays, aux alentours de la Palestine, en plusieurs contrées de l’Asie Mineure, et voyagea constamment, prêchant courageusement l’Évangile, jusqu’au moment où, arrêté par les émissaires de l’idolâtrie, pendant la persécution de l’empereur Dèce, il scella de son sang la Croix qu’il avait portée.

Son martyre fut promptement célèbre en Orient. De bonne heure, les Orientaux et les Coptes, aussi bien que les Grecs, lui rendirent un culte. Saint Ambroise l’a préconisé. Saint Christophe est classé dans les plus anciens martyrologes. Autrefois, à Constantinople, deux églises lui étaient dédiées. Le Bréviaire mozarabe, attribué à saint Isidore de Séville, fait mention de lui. Au temps de saint Grégoire le Grand , il y avait en Sicile un monastère sous le nom de Saint-Christophe. Dès le septième siècle, Tolède et plusieurs autres villes d’Espagne possédaient des reliques de ce martyr. A Paris, l’église paroissiale de son nom était l’une des plus anciennes de la Cité.

Rien de plus authentique et rien de plus précis que cette histoire de saint Christophe. Rien de mieux établi que l’ancienneté du culte qui lui fut rendu dès le quatrième siècle de l’Église. Pourtant, si maintenant nous considérons de quelle manière la piété des fidèles honora saint Christophe dès le commencement, nous ne trouve-

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PREUVE ü’UNE PROPHÉTIE OUBLIÉE.

rons aucun rapport entre les actes apostoliques de sa vie et les attributs sous lesquels on le représente.

Son effigie est celle d’un saint colossal dont l’attitude et l’action n’expriment ni la doctrine, ni la pénitence, ni le martyre. Il ne prie pas, ne parle point, ne souffre pas. Toutefois, il ne se tient point immobile dans sa gloire. Il marche à travers l’eau, portant le Christ enfant sur ses épaules.

Assurément dans cette image du confesseur de la foi, rien ne rappelle l’apostolat ou le martyre. Cette représentation n étant nullement applicable aux événements de la vie de saint Christophe, évidemment elle ne saurait porter que sur son nom. Or, on a donné à ce nom, réellement symbolique, une expression qui ne pouvant concerner le passé, nécessairement alors regarde l’avenir.

Ce fait implique forcément l’existence d’une propnétie depuis longtemps oubliée, d’une annonce mystérieuse dont on ignore à présent l’origine, mais sur laquelle a été nécessairement construit le type sculptural de saint Christophe, tel que le produisit d’abord l’Orient, et tel que le conserve encore le midi de l’Europe chrétienne. De là, il est permis d’induire que cette prophétie fut peutêtre contemporaine du martyre de saint Christophe. Il ne serait pas impossible que cette figure fût littéralement la reproduction en pierre de la prophétie du saint qui le premier prit le nom de Porte-Christ, et aurait annoncé qu’un jour un grand homme, portant aussi le Christ dans son nom, transporterait effectivement la loi de Jésus-Christ à travers la mer océane. Ceci expliquerait comment le génie oriental, donnant au saint martyr l’emblème du saint voyageur annoncé, a taillé un homme colossal, en rapport avec son œuvre gigantesque. Par une exception unique dans l’iconographie sacrée et les

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