‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 378 sur 444 · COLOMB · texte numérisé non relu

COLOMB

Dieu et l’accomplissement de ses destinées parmi les nations idolâtres, à une époque où des signes matériels et décisifs remplaçaient l’autorité de la parole de grâce et

d’amour, depuis lors manifestée dans l’Evangile.

Les formes colossales de ses travaux, le caractère cyclopéen de ses voyages , l’étonnante hardiesse de ses investigations, les coïncidences étranges et les signes prodigieux de l’assistance qu’il reçut d’en Haut, la puissance de son stvle le font remonter à l’âge héroïque des temps primitifs; et il semblerait une figure emblématique, une formule d’hiérophante, si sa tendresse évangélique, son catholicisme ardent 11e le rapprochaient de nous. C’est qu’au

milieu de ses fonctions maritimes, administratives et royales, dans la multiplicité des affaires qui, trop souvent, absorbent la vie entière et ne laissent à l’âme aucun loisir pour les choses éternelles, Colomb ne cessa d agir comme en la présence de Dieu. C’est pourquoi sa vertu dépassa le niveau des forces humaines; et put s’élever à cette constante hauteur où la grâce divine seule soutient la faiblesse de l’être mortel. En bien analysant cette existence, en soumettant à l’analyse d’une critique minutieuse les actions et les intentions de ce Hérault de la Croix, on arrive nécessairement à reconnaître en lui une vertu si constante, si fondamentale, qu’elle paraît former son être même ; on n’ose presque pas la qualifier par ce nom banal, tant prodigué de vertu, et l’on est sur le point de l’appeler la Sainteté.

Tous les saints ne sont pas arrivés au ciel par la même voie. Ainsi qu’il y a plusieurs demeures dans le îoyaume du Père céleste, il y a plusieurs chemins pour atteindre la sainteté.

Au milieu des engagements du siecle, Colomb ne pouvait se borner à l’oraison aux offices de chœur, aux mor-

^/z PORTRAIT DE COLOMB.

tifieations , au perfectionnement intérieur , comme les religieux cloîtres ; mais il s’efforça de porter leur esprit d’abnégation, leur zèle pour le service de Dieu et le salut du prochain dans l’exercice de ses devoirs publics. Son autorité fut plus d une fois compromise et sa vie exposée à cause de l’évangélique mansuétude dont le Messager de la Croix ne voulut point se départir, même au milieu de graves dangers. En effet, comme chef d’expédition maritime, et malgré les plus urgentes extrémités, jamais Colomb ne fit verser une goutte de sang. Or, jusque-là, toutes les explorations avaient été marquées par de sanglants sacrifices. Celui qui exécuta son projet de circumnavigation du Globe, Magellan, fut réduit à des exécutions cruelles. Avant de commander aux autres, Colomb voulut se commander à lui-même. Son empire sur la violence naturelle de son caractère prouve avec quelle persévérance il s’était combattu.

Colomb fut doux et humble de cœur. Loin de s’attribuer aucun mérite, au retour de son premier voyage, il se montre étonné de l’avoir si facilement accompli. C’est a la seule bonté de Dieu qu’il fait hommage de sa réussite. Telle fut constamment son humilité, qu’il ne consentit jamais à décorer de son nom aucune terre, aucune île, aucun vaisseau, tandis que ses lieutenants s’étaient empressés de donner leur nom au moins à quelque caravelle1. Sa modestie et son évangélique douceur se font voir dans la manière dont il accueillait les petits, selon le monde, les employés inférieurs, les matelots et jusqu’aux mousses. On sait que les mousses osaient lui parler, et qu’il conversait bénignement avec eux, à l’exemple du Maître qui voulait qu’on laissât approcher les petits enfants.

1 Entre autres, un de ses envieux, le capitaine Vincente Yanez Pinzon, le plus jeune des trois frères Pinzon, de Palos.

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