RÉSUMÉ
dans les transes du trépas, sa conversation commencée dans les cieux avant que son souffle immortel ait quitté cette terre, le commencement prodigieux et la fin édifiante du grand drame de cette existence, tout ne semblet-il pas indiquer en Colomb un prédestiné!
Colomb posséda visiblement les trois Vertus Théologales. Il pratiqua constamment les quatre Vertus Cardinales. Les Sept Dons du Saint-Esprit parurent descendus sur lui ; et nous avons trouvé en lui Dieu admirable comme il l’est toujours dans ses saints.
D’après l’examen des faits il est difficile de supposer que cet adorateur en esprit et en vérité, ce contemplateur du Verbe, cet homme de miséricorde, qui pardonnait à ses ennemis, même à ses bourreaux, qui resta pauvre au milieu des richesses qu’il eut pu aisément recueillir, s’il mavait épargné les sueurs et les larmes, que ce précurseur de la Bonne Nouvelle dans le Nouveau Monde, ce Hérault du Roi de Gloire tant favorisé de Dieu, ne soit pas au nombre de ses élus dans le ciel, après l’avoir été si manifestement sur la terre.
Les faits que nous venons de rappeler ici, de quel ordre sont-ils? Appartiennent-ils au monde ou à la sainteté? Si l’on n’avait pas lu tout ce qui précède, en voyant simplement ce chapitre, ne croirait-on pas qu’il s’agit de l’histoire d’un bienheureux, et que nous transcrivons quelques pages de la vie d’un saint?
Quant à nous, depuis longtemps notre opinion est fixée à cet égard. D'abord assez clairement exprimée, en 1843, dans notre livre de la Croix dans les Deux Mondes, elle s’est depuis lors corroborée par une étude spéciale de cette
époque et de ce caractère. Nos premiers pressentiments se sont affermis; et considérant le Révélateur du Globe comme digne de tous les respects du genre humain (car sans l’autorisation de l’Église nous n’osons pas encore dire de sa vénération), nous attachons un pieux amour à sa mémoire.
Ceci ne suffît point.
Découvrons le fond intime de notre pensée. Déclaronsle devant les hommes qui l’ignorent comme devant Dieu qui le sait : CHRISTOPHE COLOMB FUT UN SAINT.
Nous employons ce mot de saint, autant qu’il est permis à la soumission d’un catholique d’en user par figure de langage, faute d’expression plus exacte, pour l’appliquer à un homme que n’a point canonisé l’Église; car à nos yeux jusque-là personne n’est saint, dans la véritable acception du mot. Et quand nous déclarons avec pleine assurance que Christophe Colomb est un saint, nous entendons dire que le Messager de la Croix se trouve, par rapport à l’histoire, dans la position d’un Héros de l’Évan-
gile, d’un grand serviteur de l’Eglise sur les mérites duquel l’Église n’a point encore prononcé. De grands évêques, des martyrs, des fondateurs d’ordres religieux, d’illustres saints sont restés temporairement dans une situation pareille, en attendant le jour de leur canonisation.
Sans doute, plus d'un lecteur sera surpris et peut-être scandalisé de notre hardiesse d’affirmation. Mais nous pouvons assurer une chose, c’est que l’auguste Chef de la chrétienté, les Princes de l’Eglise ne seront point étonnés de nos paroles. Lorsque récemment à Rome nous avons rendu témoignage à la pureté de Christophe Colomb, quand nous avons déclaré la grandeur du Messager du Salut, notre voix n’a rencontré dans les hautes régions
DISPOSITION DE L’ÉGLISE POUR LA MÉMOIRE DE COLOMB. Ml
du pontificat que bienveillance et encouragement. L’ immortel Pie IX, le premier Pape qui ait traversé l’Océan et habité la terre découverte par Colomb, savait sa profonde piété, sa mission providentielle et les sympathies du Saint-Siège pour sa gloire. Le Sacré-Collége honorait le grand Porte-Croix du Catholicisme. L’honneur de son
nom s’est conservé dans la Ville Eternelle. On n’y a pas oublié que le Révélateur du Globe eut l’honneur d’être en relation épistolaire avec trois Papes successivement. Qu’après lui, trois Papes encore : Léon X, Grégoire XIV, Innocent IX, acceptèrent les dédicaces d’ouvrages dans lesquels il était parlé de l’esprit divin qui remplissait Colomb. On s’y rappelle qu’à l’exemple de la Papauté le cardinalat protégea sa gloire; et qu’en divers temps les cardinaux romains surent inspirer et rétribuer les poèmes que publia l’Italie à la louange de ce chrétien, alors presqu’inconnu du monde.
Les Franciscains de Rome ont donné asile à cette impérissable mémoire. L’amitié du Père Juan Perez de Marchena pour Christophe Colomb s’est transmise dans l’Ordre Séraphique. Les Franciscains de Rome, les Mineurs Conventuels, les religieux de l’Observance, les Capucins demeurent fidèlement les hôtes de son souvenir. Et de leur côté, les Dominicains ne l’ont pas mis en oubli. Il se trouverait encore aujourd’hui, parmi eux, plus d’un Diego de Deza, pour défendre sa renommée, à commencer par leur admirable Général, le révérendissime Père Jandel, dont s’honore la France.
Nous le répétons donc :
Le Hérault du Roi de Gloire est vis-à-vis de l’Église, dans la position expectante d'un Bienheureux, avant sa Béatification.
Et pourquoi ne le dirions-nous pas, puisque nous en
yi78 COLOMB A-T-IL FAIT DES MIRACLES?
avons le pressentiment? Un jour viendra, sans doute, où cette vertu supérieure que Dieu fit éclater dans le Messager du Salut sera solennellement qualifiée par le Vicaire de Jésus-Christ, exerçant la souveraineté spirituelle du monde. Et l’Eglise ajoutera elle-même un titre aux noms si merveilleusement significatifs que portait l’élu de la Providence. La sainteté de Christophe Colomh étant déclarée, rien ne manquera désormais à la réhabilitation de ce héros. C’est à la Papauté qu’il appartient, en temps opportun, de décider dans sa sagesse sur cette auréole qui serait le seul couronnement digne d'une telle gloire.
Mais, dira-t-on, peut-être, un saint fait des miracles; le miracle est par excellence le signe de la sainteté. Or, Christophe Colomb n’a point fait des miracles.
Qui le prouve?
Sur quoi se fonderait-on pour nier ses miracles? Qui établit que le Hérault de la Croix n’en ait jamais opéré? Nous apportons, nous, la preuve qu’après les prodiges accomplis durant sa vie, il a fait depuis sa mort des miracles. Et nous ne doutons nullement que dans telle circonstance, régulièrement autorisée, il ne pût au bout de trois siècles en opérer de nouveaux.
Dieu a voulu que le signe de la Rédemption, la Croix qu’avait si amoureusement portée dans le Nouveau Monde son Révélateur, rendît témoignage à la vertu de son Messager, et que des grâces particulières vinssent signaler à la vénération des chrétiens une Croix qu'avait plantée à l’Espagnole Christophe Colomb, en hommage de tendre piété au Sauveur des hommes.
Ceci mérite d’être rapporté.