CHARLES QUINT LA SIGNALE AU PAPE
pour Rome. L Église ne reconnaît pas les mérites du on, et ne croit guère aux miracles faits par le pluriel.
Kn etïet, dans l’histoire de l’Ancien Testament nous ne voyons pas un seul miracle sans nom d’auteur. Pareillement, dans l’histoire primitive de l’Apostolat, il n’y a pas trace de miracle anonyme. Et même, quand pour des causes réservées dans les secrets de la Providence le miracle vient à s’opérer par plusieurs, le nom, la qualité de ces hommes élus n’est jamais chose occulte. Leur pluriel peut toujours se décomposer en singuliers distincts. Ce sont ou les fils d’Aaron, les prêtres ou les prophètes, ou les apôtres ou les disciples, et ensuite des saints ou des corporations religieuses héritières de leur esprit, mais ce n’est point le public, la foule, le on qui produit le miracle. Lorsque Dieu accordant des grâces à la réunion des fidèles, à ceux qui le prient ensemble, daigne exaucer leurs vœux, il ne confère point par cela un pouvoir miraculeux à l’anonyme. Il fait des miracles pour eux, mais non par eux; tel est l’ordinaire.
Assurément on a vu des miracles produits dans telle chapelle, à tel autel, sans que nul en pût constater la cause, c’est-à-dire l’occasion personnelle, et savoir aux mérites de qui était due cette faveur. Néanmoins, habituellement, c’est par un seul que s’obtient le miracle qui profite à plusieurs; et on n’a rien à y prétendre.
Quoi qu’il en soit, dans sa prudence Rome attendit {les renseignements plus amples ; peut-être voulait-elle aussi charger le temps de servir d’épreuve à ces prodiges. Mais les découvertes nouvelles dans le Nouveau Monde, la conquête du Mexique, celle du Pérou, les rapides progrès des Portugais dans l’Amérique méridionale et les Indes orientales faisaient négliger par l’Espagne sa première colonie. Dans les années suivantes, une cause complètement incon-
destruction de la conception. 48 7
nue fît cesser le prodige du renouvellement du Lois de la vraie Croix de la Conception. Cependant son attouchement opérait encore des miracles; et comme la pieuse avidité des pèlerins continuait d’en enlever des morceaux, elle diminuait de jour en jour. Pour la protéger contre ce religieux empressement, l’évêque de la Conception la fit transporter processionnellement dans sa cathédrale, où elle fut placée dans une chapelle. La vraie Croix s’y trouvait encore en 1636, au moment où l’archichronographe impérial Oviedo y Y aidez, alors gouverneur de la citadelle de Saint-Domingue, rédigeait dans cette ville son troisième livre de Y Histoire naturelle des Indes.
Mais, vingt-neuf ans après, dans l’année 1553, un affreux tremblement de terre détruisit presque entièrement la ville de la Conception. Tous les édifices en pierre furent renversés, à l’exception d’un seul. La cathédrale, bâtie en pierre de taille, s’écroula sous la violence des secousses. Une chapelle résista seule au phénomène : c’était celle ou l on conservait la vraie Croix. On remarqua aussi qu’aucun des habitants qui avaient chez eux ou sur eux une parcelle de la vraie Croix, quoique un instant ensevelis sous les décombres de leur demeure, ne reçut la moindre blessure l. Chose curieuse, les premiers amis du Héraut dé la Croix, celui qui avait planté ce signe miraculeux, les Franciscains se trouvaient dans leur église au moment ou éclata le fléau. Précipités contre le sol, accablés sous le poids des matériaux renversés sur eux, ils se relevèrent pourtant protégés par une puissance invisible. Au- 3un n’avait éprouvé la moindre lésion. Chose également
1 « Dans le tremblement de terre dont je viens de parler, aucun de :eux qui en avaient ne fut blessé, quoique plusieurs se fussent trouvés ous les ruines des édifices. » — Le P. Charlevoix, Histoire de Saint - )omingue , t. I, liv. VI, p. 480.